Les collègues

Il y a quelques temps, on publiait sur le café pédagogique un article qui expliquait que l’école irait mieux si les collègues travaillaient ensemble. Entre temps il m’est arrivé dix milles (j’exagère, je sais, allez, seulement neuf mille neuf cent quatre-vingt dix-neuf) petites anicroches et autres questions énervantes avec des collègues cachées sous un sourire que je me veux chaleureux quand le coeur n’y est pas.

J’ai commencé dans l’éducation nationale par avoir des collègues qui ne voulaient pas être mes tuteurs, dur. Je ne suis pas quelqu’un qui n’aime pas les gens « I’m a people person » comme dirait Penny (tbbt). J’ai toujours été très intéressée par les contacts humains, toujours vu ça comme quelque chose d’enrichissant, j’ai vécu à l’étranger pour me nourrir de différence. Alors j’ai gardé espoir malgré tout. Mais là il y a des jours je m’accroche. Il y a des jours, ce sont les collègues qui me mettent le moral à zéro.

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Alors j’essaie de prendre du recul et de comprendre pourquoi. On nous dit toujours que si les élèves font le bazar c’est parce qu’ils ne sont pas tous mis en condition d’être occupés (notre faute quoi…) pareil pour les adultes. C’est la faute du système en gros. Je pense.

Déjà parce qu’on entre dans le système par un système de compétition. Le concours. Je sais bien que si on avait à postuler, il y aurait aussi de la compétition, parce qu’on se vend toujours, parce que c’est la vie, mais on passe du temps en master ensemble avec cet esprit de compétition. On est formé à être prof dans un esprit de compétition. On sait dans les autres filières qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde, mais il n’y a pas qu’une seule personne à t’embaucher. On fait du chiffre avec de la matière humaine qui aura à gérer de la matière humaine. Je crois déjà avoir donné mon opinion sur l’épreuve même qui à mes yeux ne montre pas ce que je peux valoir en classe, sur le manque absence de formation…

Et ça se ressent en salle de profs. Il n’y a que deux profils. Ceux qui partagent en soulignant la plupart du temps que ce n’est peut-être pas le meilleur support au monde mais ça peut servir, et ceux qui, même avec des collègues d’autres matières, cachent leur travail.

rude!

Je ne parle même pas des querelles naturelles qui se font ensuite. L’intégration au groupe dans un tel contexte est difficile.

C’est également la faute du système parce que personne n’a le même statut dans la salle des profs (et on en vient au système de points, on vaut des points… mais ces points ne sont pas acquis aux bons résultats des élèves). Et ça a des répercussions sur la suite de l’organisation.

Alors comment travailler ensemble quand ce n’est pas le cas? 

Dans mon cas, je suis remplaçante titulaire et en plus sur deux établissements. Mes collègues me connaissent peu dans l’un des deux sauf l’équipe d’anglais. Je le sens, je ne suis personne pour certains. ça me rappelle une chanson de Yaël tiens… lol! Et est-ce que c’est de ma faute? Faut bien que quelqu’un fasse les compléments de service. Et si je vaux si peu de points, c’est parce que je suis jeune, pas mariée, pas d’enfant, pas de handicap et je viens en plus de changer d’académie…! Ma faute? non. Est-ce que j’ai mérité la déférence de mes collègues? Je ne pense pas.

Par conséquent, pas de salle attitrée. ça encore, je m’en arrange la plupart du temps et puis c’est normal, je ne fais que six heures dans cet établissement. Mais c’est dans l’autre sens que ça ne va pas en fait. On parlait de Mammouth de l’éducation nationale souvent. Certains profs sont des mammouths, je n’ai pas peur de le dire (pas tous heureusement hein!). Et pas les plus vieux, croyez-moi. J’ai un collègue qui a seulement la trentaine « chez qui » j’enseigne. Il n’y avait rien accroché dans « sa salle » mais par contre il y a deux panneaux en liège. Je me suis permise d’en investir un. Il est de profil par rapport au tableau, le prof n’a même pas à le voir! Je lui ai demandé seulement après si ça le dérangeait car j’avais du mal à le croiser, mais j’avais présenté mes excuses et proposé de les décrocher si jamais ça n’allait pas. Non non pas de souci (bon je sais qu’en face c’est dur de dire non mais une de mes collègues d’anglais refuse que j’accroche des trucs car elle a organisé la déco de sa salle selon les pays anglophones et mes tâches finales ne sont pas classées par pays…). Mais après il a glissé aux élèves qu’il voulait en accrocher plus que moi. ça pourrait être drôle sauf que je sens le truc derrière et qu’il se permet d’enlever des créations d’élèves et de les laisser à la merci des autres élèves. La première fois que je lui ai demandé gentiment s’il pouvait essayer de les laisser dans le placard pour que je puisse les rendre à leurs propriétaires pour éviter de les retrouver par terre ou à la poubelle, il était étonné que les élèves y aient touché… Et là aujourd’hui, elles ont tout simplement disparu…

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Les élèves l’ont remarqué. Ils étaient déçus. Blessés même. Mec, c’est pour les élèves que je les accroche, pour mettre leur travail en valeur, pour leur donner envie de continuer à faire de belles choses, et ils en font.

Je me suis presque demandée si c’était par pure vengeance. On en est rendu là…? Ou par simple égocentrisme? Mercredi dernier je devais partir un peu précipitamment car réunion avec un parent. Je ne fais pas des cours virtuels, j’ai toujours plein de matos plastifié à ramasser et à mettre dans mon sac, plus la clef usb à ne pas oublier. Du coup j’ai embarqué ses feutres pour le tableau. Les mêmes que les miens puisqu’on achète pas les feutres, on va tous à l’intendance… Je m’en suis rendu compte chez moi. J’arrive le mardi suivant. La journée du lundi avait été particulièrement éprouvante en rep. Je lui dis. Je lui présente mes excuses. Et il tire une tête genre il va me tuer, et il me dit qu’il était bien dans la merde et qu’il a accusé les élèves. Je lui dis à nouveau que je suis désolée, que lorsqu’on se balade d’une classe à une autre c’est parfois difficile. Une collègue intervient et dit qu’il pouvait aller en chercher un autre. Ah oui mais c’est chiant d’y être toujours rendu, puis on n’a plus le droit d’envoyer les élèves et puis en plus en français quand même, il écrit beaucoup quoi.

Je me sentais mal. Lui qui avait eu l’air plutôt sympa jusque-là, non. Je lui ai dit désolée et je suis partie. Je me suis dit qu’une collègue est intervenue, et que c’est sûrement aussi parce qu’elle pensait que ça ne valait pas le coup de me tirer une gueule pareille. Et puis je me suis dit merde, en tant que prof, moi, je vérifie mon matériel avant le cours. Il monte pas dans sa salle le matin pour voir s’il a tout? Pour allumer son ordinateur et ne pas perdre de temps? J’entends parler de feutres qui disparaissent dans la salle des profs. Moi je viens lui avouer, en plus je n’y ai pas touché! Je ne les utilise jamais ses feutres exprès car je veux voir quelle est ma consommation pour trouver comment en consommer encore moins. C’est juste parce qu’il les a laissé sur le bureau comme à chaque fois. Il est chez lui. Il m’arrive d’oublier un feutre dans la salle d’une collègue et de ne jamais le retrouver. Est-ce que je viens lui casser les pieds pour ça? Je vous jure, on aurait dit que j’avais commis le pire crime de l’humanité! Bad trip total. C’est un feutre quoi. Je venais juste être polie. ça m’apprendra…

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Mais ce mec-là (désolée mais à ce stade j’ai perdu tout respect pour lui), il a l’agrégation vous voyez. Et c’est là le second problème. La hiérarchie en filigrane numéro deux. Il y a deux concours dans l’éducation nationale. Le CAPES et l’Agrégation. Quand on a l’agrégation, qui est plus difficile à avoir, on a plus de chances d’être en lycée car on vaut plus de points et on donne moins d’heures de cours. Moi ça ne m’intéresse pas. Si un jour je le passe, ce sera pour le défi intellectuel mais le reste, je ne trouve ça ni intéressant, ni mérité. Si j’ai passé le CAPES c’est parce que je voulais enseigner. Pourquoi enseigner moins? Deux collègues l’ont passé cette année, seulement une l’a eu, elle parlait du salaire qu’elle allait toucher, je sais qu’on est moins payé que les autres pays mais j’ai déjà donné mon opinion là-dessus, je préfèrerai surtout qu’on ait plus de moyens dans l’établissement pour pouvoir faire des classes projets, nos métiers seraient moins difficiles et on ne sentirait pas le besoin d’un plus gros salaire (je suis idéaliste? oui). J’ai trouvé ça dommage, voire pas sympa car devant celle qui l’avait raté…. Le fait qu’on ait l’agrégation ou pas revient plus souvent qu’on ne peut le penser dans les salles des profs. Pourquoi? ça apporte quoi franchement?

Je ne passerai pas trois heures à également parler de cette éternelle question de qui doit vraiment faire telle ou telle chose. Chacun se renvoie souvent la balle. Par exemple là les collègues sont parties en Angleterre. Mais certains élèves n’y vont pas. Ils ont été répartis dans les autres classes. Trois élèves en plus ce matin. J’étais déjà au complet niveau chaises et espace… Pas prévenue. C’était à qui de nous prévenir? De penser aux effectifs dans les classes? Je n’ai pas la réponse, personne ne m’a donné la même. Tout le monde se renvoie la balle. On a eu un devoir commun pour les 5eme en anglais avec des élèves dans une autre salle pour le tiers temps. Leurs copies étaient pourtant dans le même paquet que celui de ceux qui n’en avait pas. Mais personne ne sait comment le paquet de copies a atterri dans mon casier, non corrigé. On m’avait envoyé un message pour me dire que je n’aurai pas de copies à corriger, on doublerait sur les 4ème. J’ai corrigé ce paquet. Je ne sais toujours pas qui aurait dû le corriger. Je me retrouve à envoyer un mail à mes collègues pour dire que je le ferai mais que je vais devoir dire non au deuxième paquet de 4ème. Je me retrouve dans une position ou ça sonne comme si j’étais une rabat-joie. Mais je dois apprendre à dire non. Rien n’est clair mais ce qui est sûr c’est que c’est encore un problème d’équipe.

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Bon j’en ai encore plein des anecdotes comme ça de choses qui font qu’on se sent inutile, invisible, mal considéré dans le groupe, mais celles-là il fallait vraiment que je les dise.

Alors conclusion.

On n’est pas égaux. On semble en perpétuelle compétition dans la salle des profs. C’est malsain. ça me rend triste. J’ai peur pour les EPI, j’espère qu’avec le temps ça nous poussera au contraire. L’humain est suffisamment difficile à vivre comme animal en groupe, groupe dont il a pourtant énormément besoin pour se construire. On est au 21ème siècle et on sait plein de choses sur le cerveau et l’humain en tant qu’être social mais pourtant rien n’est fait pour améliorer nos conditions.

Ah oui, c’est vrai, ça ne rapporte pas d’argent, ça en coûte..

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