I regret nothing

Si tu es sur ce blog, c’est certainement que l’enseignement t’intéresse. Si ça t’intéresse et que tu n’y es pas encore, cet article est pour toi. Si t’es dedans jusqu’au cou mais que ça ne va pas, cet article est aussi pour toi.

A la rentrée, je débarquais dans une nouvelle ville, sans attache, sans repères et à la veille de la rentrée je ne savais pas quoi faire de ma peau car j’étais TZR, remplaçante donc et c’est souvent ce qui arrive aux nouveaux, surtout quand ils viennent d’académies différentes où ils n’ont pas pu rester faute de points, des académies où ça se passe bien donc, de manière générale, puisqu’elles valent leur pesant en or (mais attention, pas de généralités, je connais des bahuts où je ne voudrais pas mettre les pieds dans ma chère académie de Nantes qui sont bien pires que des bahuts en île de France où il est si facile de se retrouver car elles ne valent rien) C’est le système qui veut ça. Il a ses raisons. Il a ses inconvénients. Il a ses avantages. Je ne suis pas là pour le démonter. Par contre, c’est une réalité. Le monde de l’enseignement n’est pas un fleuve tranquille avant même que l’on se retrouve devant notre outil de travail, les élèves.

Le jour de la rentrée, j’apprends que je vais faire un complément de service. Dur. Dur pour un nouveau. Il va falloir mettre les bouchées doubles. Il va falloir s’adapter à deux publics et deux établissements différents, faire de la route, tout en apprenant à vivre dans une ville étrangère. Tous ces repères à prendre. J’ai déjà la peur au ventre. ça n’arrive pas à tout le monde mais je ne pouvais pas postuler pour un établissement précis en débarquant là, j’avais fait un choix. Peut-être avoir des remplacements courts au cas où ce serait trop dur, c’était mon idée, je n’avais pas pensé aux conséquences. Mais je ne les regrette pas.

Jamais. Dans ce métier, il ne faut pas regretter, parce que lorsque vous arrivez au bout, vous n’avez plus aucune raison de regretter. Il faut juste tenir un peu. Facile à dire. ça devient facile à faire, je vous le promets.

J’aime mon job putain, pourtant j’en ai pleuré hein, faut pas croire, mais je ne l’échangerai pour rien au monde, rien.

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Hier, je me suis présentée à mes deux établissements à vingt kilomètres de distance l’un de l’autre et j’ai quitté des supers collègues. Alors oui, les collègues ne sont pas tous supers dans les établissements scolaires mais franchement, il y a toujours un ou deux collègues avec qui c’est vraiment quand même génial.

Et j’ai eu envie de pleurer. Parce que comme je suis TZR, je ne reste pas. J’ai obtenu un poste fixe ailleurs et même si j’avais été encore TZR à la rentrée, je n’aurais certainement pas mis les pieds là-bas.

J’ai eu un complément de service. Oui c’est inconfortable, mais il faut bien le faire. J’ai voulu enseigner, pas pour que les élèves viennent à moi, j’y vais c’est tout. J’ai pas de vie de famille? Oui, comme beaucoup en début de carrière. Donc oui, paradoxe, on a un truc dur alors qu’on commence, mais avec des mômes, c’est encore moins simple, non? J’ai des valeurs pourries? Je sais pas. Je trouve ça citoyen. C’est pour ça que j’ai fait ce métier. Parce que je crois aux valeurs de partage, j’essaie de mettre ma pierre à l’édifice qu’est la société en sacrifiant un peu de mon plaisir personnel. J’entends beaucoup de gens critiquer la société en général sans savoir ce qu’il y a derrière ce mot. Je pense que le souci c’est qu’on laisse trop souvent aujourd’hui passer notre comfort personnel devant un bien général et qu’après on s’en plaint, de l’égoïsme des autres, de la solitude du monde dans lequel on vit. Il existe pourtant tellement de générosité dans chacun d’entre nous. Je l’ai vu. Le soutien des collègues, l’entraide des élèves une fois qu’on leur a montré. C’est en nous.

Bref, je m’égare et en même temps non, j’en arrive aux élèves. Oui, ils m’en ont fait baver. Oui, ça a été dur. Oui, j’ai voulu arrêter. Oui, je me suis dit qu’ils n’en valaient pas la peine. Je me suis aussi dit qu’ils ne valaient pas la peine que je m’effondre pour eux et que je laisse s’effondrer mes espoirs et mes envies, mes rêves de gosse, mes rêves d’un impact minime pour une société meilleure. Aujourd’hui quand je pense à eux, je ne regrette pas de ne pas avoir abandonné. Parce qu’ils me l’ont rendu, à leur façon, chacun. Que ce soit en restant à la fin du cours, en me laissant un petit mot, en me faisant un cadeau, en hurlant en plein milieu du cours que mon cours est super et aussi en hurlant tout court pendant mon cours. Parce qu’un élève qui vient pourrir votre cours plutôt que de le sécher, or ça m’est arrivé, vraiment, c’est un élève qui a votre attention. Vous lui avez offert un peu d’humanité. Un peu d’espoir en sa propre existence. Et ce n’est pas rien même si aux yeux de tout le reste du monde c’est que vous avez raté votre mission. Et ça, je tenais à le dire, à l’écrire ici.

Alors oui, entrer dans ce métier, ça demande beaucoup de recul, d’adaptation, de remise en question, ça fait mal aux émotions, mais à la fin, on ne regrette rien, sauf de partir pour de nouvelles aventures ailleurs, qui seront aussi bien.

Si vous voulez faire ce métier, pensez bien à tout cela et surtout, allez-y!

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