Lectures

Je continue mes lectures (mon porte-monnaie lui se souvient bien que j’avais fait une grosse commande histoire de faire un retour sur moi, de trouver de nouveaux outils que l’ESPE ne m’a jamais donnés…) Je viens de terminer ce livre de Serge Boimare, Ces enfants empêchés de penser.

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Je pense qu’il nous le faudrait tous, ce livre me semble être un essentiel dans le flot (où l’on se perd il faut l’avouer, pour démêler le bon du fake, de bouquins sur la pédagogie). Il y a quelques points qui mettent en avant comment les EPI (mais du coup ils n’existaient pas encore au moment de sa rédaction), s’ils sont bien faits, peuvent nous aider. Parce que oui, tout n’est pas mauvais dans la réforme. Mais en même temps, il y a un morceau que je vais copier là qui parlent de la réforme qui devrait être lu à tout ministre…

« Pourquoi l’annonce d’un changement dans les programmes déclenche-t-elle aussi vite l’opposition des enseignants? »

ça a vraiment retenu mon attention.

« Il y a deux raisons majeures à cela. La première, cette annonce arrive alors que la précédente réforme est en train de se mettre en place. Avant même de savoir si elle était utile il faut passer à la suivante. »

Comment vous dire que moi qui commence cette année au collège, je construis des séquences en entre deux, j’ai la chance encore que le programme d’anglais soit assez ouvert et similaire, mais je vais devoir changer le tout à la rentrée, plus ou moins, et je ne suis pas la seule dans ce cas et dans d’autres discipleines le changement est drastique. Quand on sait le temps qu’on y passe… J’ai presque envie de dire pourquoi faire? ça te démotive que t’as même pas encore commencé…

« La seconde raison est plus pernicieuse. L’annonce d’une réforme est pratiquement toujours accompagnée et préparée par l’idée qu’avec ce changement, il va devenir enfin possible d’apprendre à lire, écrire et compter aux enfants. On a l’impression de s’entendre dire que le véritable travail va enfin commencer. Cette déclaration est extrêmement blessante pour les enseignants. »

Certes cette année il y a moins de rupture, mais tout de même…!

« Comme de plus ils n’ont pas été consultés dans la préparation des programmes, ils repèrent les incohérences pratiques et les montent en épingle. »

Et du coup après ce sont les ministres qui sont blessés.

Une histoire sans fin.

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Bref. Ce livre m’a énervée parce que je ne comprends pas pourquoi on ne m’a pas en deux années d’ESPE préconisé cette lecture. (Vous avez cru que j’allais dire du mal du bouquin hein? poisson d’avril en avance!) Chaque pas que je fais en avant en tant que pédagogue me fait détester un peu plus ces deux années qui ne m’ont aidées qu’à avoir mon concours (et à détester par là toute réforme car c’est la première qui m’ait touchée en plein coeur, j’ai loupé l’IUFM de peu pour me retrouver dans un entre-deux test complètement raté. Même s’il faut bien tester, ce que je fais chaque jour encore, c’est dur à vivre). Par exemple le livre explique combien une séance hebdomadaire de « coréflexion entre enseignants » serait bonne. Quand j’entendais parler de l’IUFM, ça avait lieu et je me disais oh combien ce doit être bon de continuer ça les années suivantes même si je n’ai jamais vraiment vécu ça à part deux ou trois séances par-ci par-là parce qu’en plus j’ai étudié en province tiens! J’ai de la chance de beaucoup parler avec mes collègues des soucis, de ne pas me sentir dévalorisée lorsque j’exprime les difficultés que je rencontre dans mon établissement en zone prioritaire, parce que j’ai la chance d’avoir une équipe qui ne fait pas, de manière générale même si on a deux ou trois collègues un peu à part, une généralité que l’on subit tous et qu’une collègue de mon autre bahut m’a exprimée: tu ne sais pas gérer ta classe = tu n’es pas un bon prof, c’est de ta faute à toi seul. Allez prends ça en pleine pomme.

Le bouquin le rappelle bien. Il exprime les craintes vécues des professeurs et c’est chouette, en le lisant j’avais l’impression d’une main sur mon épaule.

ça aide à avaler le reste de la pilule proposée par le livre? ça caresse dans le sens du poil? Je m’en fous, j’aime bien qu’on me caresse dans le sens du poil. La culture et le langage sont des outils magiques qu’il nous faudrait utiliser. J’en utilise de temps à autre. Là avec les 4eme je les ai nourris d’histoire. Même si on est passé par l’anglais (bah oui… et une fois j’ai fait une traduction et un mélange de mime en même temps en fin d’heure histoire de finir sur une ouverture pour eux) on y est passé et c’est vrai que personne ne m’a rendu copie blanche. C’est vrai qu’ils ne se sont pas dispersés, ils ont écrit.

Et puis je ne peux m’empêcher d’essayer de puiser dans mon expérience personnelle. Mes parents ne sont pas d’une origine sociale très élevée mais les histoires ont toujours traversées nos vies, ma mère m’en lisait beaucoup. Je pense que si j’ai pu avancer scolairement contrairement à eux, c’est parce que oui, mon monde intérieur était riche de représentations sur lesquelles je pouvais m’appuyer. Donc je crois ce monsieur et vous le dis, il faut lire ce livre. Si vous n’aviez le temps que pour un seul pour réfléchir un peu sur votre pédagogie, c’est celui-là, pas de doute.

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Les parents (suite)

Hier on a remis les bulletins aux parents. J’aime bien ce moment. Rencontrer les parents. ça peut être délicat bien sûr parce que c’est cette cohésion entre adultes qui fait qu’on obtient une cohésion avec l’enfant. D’où l’importance de communiquer un maximum avec les parents, ce que je trouve très difficile à faire quand on a pas le numéro de téléphone et qu’ils ne regardent pas le carnet de correspondance d’eux-mêmes…

Bref.

J’ai surtout remis des bulletins à des élèves qui ont bien réussi leur premier trimestre. Les parents étaient là parce qu’ils sont souvent derrière leur dos aussi, à soutenir l’importance de l’école. C’est une logique imparable de la réussite. Une raison également pour laquelle aucun élève n’est égal à un autre, le facteur parent, on ne  lemaitrisera jamais je crois bien…

Mais ce n’est pas là où je voulais en arriver. Voir leurs parents contents d’eux, entendre des compliments, ça leur fait du bien à ces mômes. Et j’aimerais qu’ils soient plus nombreux ces moments. Parce que quand ça vient des parents c’est bien. Après venir pour entendre qu’on a fait de la merde… mais ça pourrait en motiver certains, on leur a dit, l’objectif c’est qu’à la prochaine remise de bulletin il n’y ait plus tel ou tel commentaire. Il y en avait certains qui avaient réussi à ne plus avoir « trop de bavardages » sur leur bulletin…

 

Les parents (et mes petites réflexions personnelles)

Je démarre. J’ai fait beaucoup de ratés cette rentrée. Ok, je ne démarre pas à 100%, mais passer du lycée au collège avec deux établissements qui fonctionnent complètement différemment dans une ville que je ne connaissais pas, j’ai eu du mal à trouver mes marques et j’avais beau avoir décidé de mettre des trucs spécifiques en place, c’est au fur et à mesure que j’entrevois les besoins de mes élèves et donc je change tout. Au fur et à mesure. Donc forcément le début n’est pas glorieux.

En zone prioritaire, à la rentrée, j’ai tenté les îlots bonifiants au tout début. Histoire de bien leur faire comprendre que ceux qui feraient avancer le cours, ce serait eux-mêmes, ensemble.

Ne faites jamais ça.

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Prenez le temps de les mater en les ayant en rangs d’oignons tels des petits soldats. Surtout avec leur égocentrisme fou. En fait, je pense que ce dont on aurait besoin à la rentrée, c’est d’une semaine d’intégration hors classe, pour que tout le monde apprenne à se connaître, pour que les rôles de chacun dans la classe ne soient pas définis par des titres tels que celui qui dit toujours une blague pour faire marrer le groupe, celui qui ne coutera rien de l’année, celui qui réussira tous ses devoirs parce que c’est la tête d’ampoule… non, si on commençait l’année par être celui qui a réussi l’épreuve de je ne sais quel jeu, celui qui a joué de la guitare, celui qui a monté la tente ou bien mené le groupe… on aurait une ambiance de classe tout à fait différente. Rien que ça, tout changerait.

Je ferme la parenthèse.

J’ai donc essayé de les faire travailler ensemble, à gagner des points en participant, pour les forcer, les motiver à participer en classe, également pour qu’ils se tournent le dos et se parlent moins sur l’échelle de la classe entière que sur l’îlot. J’ai vite compris que ce serait vain. En plus de m’échiner à bouger les tables, je me cassais les dents sur des activités que je voulais faite pour l’îlot et que je ne maîtrisais pas du tout, dont ils étaient très peu à prendre le pli.

Et aujourd’hui, j’en ai à nouveau payé l’échec cuisant.

Une maman m’a dit qu’elle était contre. J’allais presque lui dire qu’elle avait raison devant son fils. Pour les raisons citées précédemment et pour tant d’autres. Mais je me suis dit que non, je devais justifier mon travail. Je n’avais pas mis ma classe dans cette disposition sans raison, c’était réfléchi et ça n’a pas été un échec à 100%. ça a aidé certains élèves à s’y mettre. Même si très peu. J’ai plaidé le vivre ensemble. J’ai plaidé le fait qu’on ne peut pas soutenir nos élèves sur la pente de l’individualisme. Sinon le monde n’avancera pas. Elle n’est pas seulement faite à faire des têtes bien pleines l’école, elle est faite pour que nos futurs citoyens se côtoient dans la rue sans se taper dessus, apprennent à vivre avec leurs différences, à les respecter, à s’écouter (« Madame, vous m’interrogez jamais » et l’autre qui répète ce que le camarade vient de dire « ah mais j’ai participé madame » ah bah c’est mal parti…) et à travailler ensemble dans le bien commun. Sinon on aura le droit d’entendre « mais pourquoi je m’échine à recycler si l’autre ne le fait pas? » « Pourquoi moi je dois travailler si l’autre ne le fait pas? » Et plus personne ne fait rien. Et tout va mal…!

L’élève en question m’a presque soutenu putain.

C’est beau.

Mais ne le faites pas dès le début. Ils ne sont pas prêts. Ils le font pendant toute la primaire mais comme on ne le fait plus ensuite, comme on saucissonne toutes les matières, ils perdent toutes les habitudes prises en primaire. Et on se casse les dents. Il faut d’abord leur faire prendre le pli du travail avant de se lancer là-dedans. Et ensuite vous pourrez commencer par ça dès le début quand vous-mêmes vous aurez pris le pli.

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Ce problème de l’influence de l’extérieur que ça souligne, du fait qu’ils ne peuvent pas prendre le pli sur une heure dans la journée parce que ce n’est qu’un moment insignifiant, problème que j’ai déjà soulevé en disant qu’il était très difficile de faire en sorte que les élèves soient sereins une fois le seuil de la porte passé parce que leur monde est fait de violence pour certains, je pense qu’on pourrait y arriver en internat. Je ne suis jamais allée enseigner dans un bahut qui a un internat et je serais intéressée de savoir ce que ça donne au niveau de l’ambiance et des élèves, de leur attitude. Mais quand on est pendant presque cinq jours entiers tous ensemble on peut installer des règles de vie plus fortes, plus prenantes. J’ai fait des colonies de vacances, je sais ce que ça donne. Je sais d’expérience que beaucoup de ces enfants ont souvent surtout besoin de trouver leur place dans leur famille (j’ai accompagné une ado il y a quelques années avec une association qui s’appelle l’AFEV, elle en avait vraiment besoin quand on aurait pu penser qu’elle avait surtout besoin de s’en éloigner) mais je me dis que parfois ils ont aussi besoin de trouver leur place dans la société, or l’école c’est leur premier pas dans la société. Et on a du mal à les y préparer parce qu’une fois qu’ils rentrent à la maison, tout le travail effectué dans la journée est à recommencer le lendemain matin on a l’impression… Un internat, même quand l’établissement est à côté, ce serait pas mal. Bon, je sais, des sous, des sous, voilà le problème. Surtout là avec des parents qui n’en ont pas. Mais je me dis que ce serait une bonne affaire pour certains. Tous à égalité en plus. J’invente rien, je le sais, j’en ai vu des reportages d’école en internat pour certains gamins, pour les remettre dans le droit chemin. Là je ne dis pas qu’il faut les emmener dans le droit chemin, juste créer une séparation plus forte d’un monde de violence verbale pour que l’impact soit plus fort, qu’ils se détendent un peu de cette pression sociale qu’ils ont de devoir être des têtes dures pour certains.

Le prof de musique

Le prof de musique dans notre bahut, c’est à la base un vrai musicien. Et il vient du Chili. Du coup je pense que ça l’aide à être ouvert à plein de trucs et à être moins enfermé dans l’image toute faite de prof que beaucoup d’entre nous ont, moi la première… Et il n’y a pas longtemps, j’ai découvert un truc sympa:

il n’a pas de tables dans sa classe

mais un arc de cercle de chaises.

WTF

 

ça a énormément d’avantages ça, et je me dis qu’en langue ce serait encore mieux. Une fois de plus je pleure, j’ai pas ma salle, ce genre d’initiative, je peux me la mettre comme mon doigt dans mon pauvre oeil cette année.

ça a trente-mille avantages!!!!!!

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Alors oui, je vous vois venir, mais oui, je sais, le gros désavantage c’est pour écrire. Mais si on pense aux tablettes, rien qu’au mot, on a la solution. Soit la tablette en bois que tu décales sur le moment mais qui ne prend pas une place énorme genre comme dans les films qui se tournent dans les écoles américaines. Soit la tablette numérique qui tient dans la main. Pour le cours de langue c’est juste génial. Je veux!

Telle la salle où les tables sont disposées en U, tu facilites l’interaction entre élèves. Sauf que là, y’a pas cette foutue table qui forme une sorte de barricade, qui les cache, surtout pour faire des conneries. Là tu les vois en entiers et tout le monde est sur le même rang parce que les chaises toutes côte à côte, ça prend moins de place. La salle respire. On a plus envie de faire des conneries.

Bon, pour la blague, mon collègue m’a dit que du coup quand il les faisait chanter, il était avec sa guitare devant eux, les voyait tous et parfois pouvait passer avec sa guitare et faire semblant de ne pas faire exprès de mettre un coup à un élève. Mais ça, c’est pour la blague. Et ça m’a bien fait marrer. Je me suis vu le faire. Des fois, ça fait du bien…

L’apparence de la classe change du tout au tout également. On respire. Je vous jure c’est bon ça!

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Je suis une salope.

Ce midi un collègue assistant d’éducation est venu me montrer une photo sur son portable. On a tagué les nouvelles toilettes des garçons. Un élève. Il visait deux profs dans ses tags. Je suis la deuxième. Je suis une salope.

Je sais que normalement il ne faut pas le prendre pour soi et je vais bien finir par réussir à me convaincre moi-même que j’en ai rien à foutre, il s’est défoulé sur moi, c’est bon, mais franchement c’est pas le moment. J’aurais mieux fait de ne pas savoir. Surtout après une semaine de stress entre les aller-retours pour les conseils de classe et l’inspection et ses changements de dernière minute parce que comme je ne suis pas à 100% sur un bahut j’ai du mal à suivre… Bref, faut que je sois suffisamment convaincante avec moi-même mais c’est dur. Voire impossible à l’heure qu’il est.

Parce qu’aucun élève n’a que deux profs. Donc s’il a pensé à moi d’abord, c’est que vraiment je le fais chier. Alors certes, j’ai des collègues qui adorent savoir que les élèves les craignent. Je devrais d’ailleurs, en fait, car ce sont les meilleurs selon la légende urbaine. Mais ce n’est pas l’image que je me faisais de ce métier et de ce que voulais être comme prof. Moi je voulais des élèves qui se sentent en confiance avec moi, des élèves qui se sentent bien même ceux qui n’ont pas la vie dure à l’extérieur de l’école, des élèves qui ne se sentent pas complexés par la langue, des élèves qui ne se sentent pas menacés. Moi ce qui m’a fait vouloir devenir prof c’est Whoopi Goldberg dans Sister Act. C’est l’enseignante dans Mathilda. Celle qui crée un espace serein où les élèves se sentent bien et libres de s’exprimer. Ok, j’aurais pu faire prof en maternelle pour ça mais en fait c’est la même chose de l’autre côté du grillage…

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Alors des fois j’arrive à rigoler avec mes élèves tout en travaillant, surtout ceux de la rep d’ailleurs. Mais il reste un problème.  Ils me mettent des batons dans les roues parce que jouer le jeu pour eux, ça ne fonctionne pas. Trois heures par semaine ça ne suffit pas. Il y a trop de choses à l’extérieur pour que passer le seuil de ma porte les fasse changer d’attitude. J’ai raté ma rentrée parce que je ne connaissais pas leurs codes de langage et donc les clasher pour leur faire peur de s’en reprendre une verbale mais pas suffisamment clash pour que ça les fasse virevolter, ça les fasse taire, j’ai pas encore le mode d’emploi. Je passe mon temps à les menacer, à prendre des carnets et ça m’épuise parce que je n’ai que des classes qui demandent des profs durs, je vous présente les 4emes, 3emes… bref, je galère et quand l’assistant pédagogique demande aux gamins ce qu’ils pensent de moi j’ai le droit à un « elle est sympa mais elle est pas assez sévère » mais c’est quoi sévère? Bah apparemment c’est pas salope…

Donc je cherche, encore…

Je voulais être juste et je pense que c’est ce qu’ils me reprochent, de ne pas l’être. Mais c’est dur de l’être. Je tente de les mettre à ma place de temps à autre à mettre les bâtons et tout, mais rien n’y fait. Le temps passe et rien n’y fait. J’étais contente d’entendre la chargée de mission pour l’inspection me dire hier que je pouvais le faire, mais dans un autre contexte ça aurait été plus sympa.

 

Ce sont les élèves qui font tout

Alors non, je ne parle pas d’autonomie. Je parle de deux points rencontrés très récemment. Ya le côté « madame on entend rien » dont se plaint toute la classe sans exception. « Eh mais c’est pas moi qui parle, non? »

ça leur paraît pas toujours évident. Moi, ça me fait peur parfois, pour l’avenir… on essaie pourtant, de leur faire comprendre, et des fois ils le disent eux-mêmes!

Et puis il y a la prof qui fait genre elle sait que la valise ballado fonctionne et comment elle fonctionne. Et en fait les élèves de toute la classe qui font tout comme des grands. Ils pensent même à dire leur nom avant de commencer à dire ce qu’ils ont à dire. Ils savent sur quel bouton appuyer…! Alors oui ça bavarde en même temps mais je suis contente de leurs productions.

Et moi pendant ce temps-là, je me dis que je vais en passer du temps à corriger tout ça à la maison…!

Pourquoi?

On a toujours une vision idéalisée et complètement fausse des choses. Moi, je pensais entendre la question « pourquoi? » sortir de la bouche des élèves plus souvent que de la mienne. Failure!

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Pourquoi????? Je me la pose sans arrêt cette question. Pour diverses raisons. Pourquoi il a essayé de mettre son crayon dans sa narine? Pourquoi il tourne le dos au tableau alors que personne ne lui parle? Pourquoi il se casse tout seul celui-là? Mais cette fois, je dois dire que ça mérite réflexion. Non pas que je viens me plaindre mais voilà… en fait si, plaignons-nous!

Cette semaine va commencer le dure marathon des conseils de classe. On va finir plus tard. On va être fatigués parce qu’on vient déjà de passer une semaine à finir plus tard parce qu’on a eu toutes nos appréciations à mettre. Les élèves ne se sont pas mieux tenus en rep+, ils ont plutôt été dix fois plus chiants à hurler en plein cours à mon attention des « Eh je suis sage là madame vous avez vu? » (Je t’ai vu lancer une boulette y’a deux secondes aussi) Quand je pense qu’en Angleterre, ma collègue/tutrice (à l’époque) qui enseignait le français avait à le faire pratiquement toutes les semaines (enfin heureusement pour eux, leur quota de cours n’est pas le même, ni les effectifs des classes…) …!

Ce matin, en lisant mes mails j’ai appris que jeudi prochain je serai inspectée. Jeudi prochain, j’aurais dû être en stage syndical parce que je vex qu’on me donne plus de clefs sur ce que c’est, TZR, en vrai. A part bouche trou qui trime. (non bah tant qu’à me plaindre…)

Bah non. J’ai fait de la paperasse pour pouvoir avoir l’autorisation d’aller à ce stage dont j’ai le droit. J’y vais pas pour glander. Je me serai fait une journée entière contre deux heures de cours. J’y allais pour des vraies infos, pas pour devenir une syndiquée anti-réforme (je suis pas contre d’ailleurs, la réforme, même si j’aimerais avoir un an de plus pour la préparer) Mais non.

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On est cinq profs dans mon petit bahut qui n’est pas une rep+ celui-là (merci seigneur, surtout quand je vois là mon dernier cours à essayer de leur faire dire que la statue de la liberté sur l’image regarde la télé et oui tu dois décrire l’image parce que crétin, comme je l’avais expliqué, j’en ai refilé deux et celui qui est au tableau l’a pas vu mais comme t’as trouvé mieux à faire qu’à écouter mes consignes que je m’efforce de réduire à trois phrases minimum… voire trois mots et dix mimes…) et en plus y’a une stagiaire. Qui sera pas là jeudi. Donc elle vient pas de base pour la stagiaire, l’inspectrice. Et les deux profs qui ne sont pas inspectées sur nous cinq, ce sont une qui n’a pas été inspectée depuis 2010 et l’autre qui a fait une demande d’inspection. Moi j’ai été inspectée l’an dernier dans le cadre de mon stage. Mon autre collègue a été inspectée y’a deux ans. Moi j’ai été inspectée l’an dernier, j’étais stagiaire… Je débarque dans cette académie, ils veulent apprendre à me connaître peut-être? ils sont au courant que je ne compte pas rester et suis assez contente d’avoir des points de plus au mouvement mutation parce que je bosse à l’année en zone prioritaire. Passer de 21 à 118 points, ça fait du bien! 😀

Donc voilà, je ne comprends pas.

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Je suis pas contre l’inspection (si en plus cette fois on peut me dire plus de trucs qui vont bien que de trucs que je foire, je ne dis pas non, j’ai besoin de me réconcilier avec l’inspection) mais je ne comprends pas.

Réponse à mon sms par mon père: « Encore…? »

Personne ne comprend.

C’est par pur esprit de contradiction, c’est ça? J’aime bien ce jeu-là mais quand même.

Bref, ça ira parce que c’est avec une classe que j’aime beaucoup sur une séquence dont je suis fière. Mais ça me fait chier parce que je commençais à me détendre un peu le slip dans ma tête. Et j’aurais préféré que ce ne soit pas cette semaine. Bref, je suis jamais contente…

 

Fourmi dans une fourmilière

Être sur deux établissements dont un poste de seulement 6h, donc deux classes, dans l’un, me fait réaliser à quel point mon métier, c’est d’être une brique dans un mur, une abeille dans une ruche, ou bien un citoyen anonyme dans la société? Donc un truc qui n’a pas l’air comme ça, mais qui finalement est assez important s’il décide de ne pas jouer son rôle au sérieux. Un petit bout de quelque chose qui doit d’un côté faire beaucoup pour exister aux yeux des élèves. Et de l’autre, quelqu’un qui doit faire avant tout pour le groupe, l’établissement. J’enfonce des portes ouvertes, je sais, je m’envoie des fleurs aussi peut-être, mais je pense que c’est un suiet qu’on doit prendre au sérieux dans notre métier et qu’on oublie vite. Enfin bref, les exemples concrets parlent toujours d’eux-mêmes. En réalité, j’y ai pensé à cause d’une simple histoire de CDs pour élève dans le manuel.

En début d’année, la coordinatrice en anglais a fait une commande pour les renouveler. Et là j’ai entendu une collègue dire: « Moi je m’en fous je les utilise pas. »

rude!

J’ai pris et perdu du temps pour d’abord lister les besoins des élèves et ensuite aller aider à commander et à chercher.

Pourquoi je fais ça? Je m’en fous aussi tu me diras. Je ne suis pas obligée de les utiliser, ces CDs qui sont pourtant un outil donné aux élèves pour, à la maison, pouvoir s’exposer un peu plus longtemps à la langue puisque la télé ne nous oblige toujours pas à le faire et que sérieusement en trois heures par semaine moins quinze minutes fois trois ça le fait pas trop (donc moi je m’en sers en fait quand je peux…en attendant que pronote ou tous les logiciels de vie scolaire soient vraiment utilisés à 100%, c’est-à-dire quand les élèves auront vraiment tous internet donc non pas tout de suite contrairement à ce que tout le monde pense et hop oui le CD c’est la démocratie!). CDs qui sont payés par l’établissement dont l’argent vient d’un état dont les poches sont pourtant vides… (Je ferme le débat politique sur cette phrase, je me sens redevable, j’y peux rien)

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Pourquoi je fais ça? D’abord parce que depuis le début, dans cet établissement, je me dis que c’est à moi de m’adapter. Déjà les parents ont acheté un cahier d’activité (quand même 8€), donc je dois m’en servir. Je dois m’adapter au manuel qui peut parfois m’éviter de confectionner moi-même des activités déjà parfois bien faites, il suffit de perdre du temps à lire et analyser, ranger pour sa propre progression de séquence, donc c’est kiffe kiffe mais à l’arrivée j’ai tué moins d’arbre. Et de nouveau ma conscience s’allège.

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Enfin, parce que si je ne le fais pas maintenant, la collègue suivante n’aura pas le CD que peut-être elle aurait voulu utiliser. Je m’en vais l’année prochaine, mais je ne suis pas obligée de laisser les toilettes moins propres que je ne les ai trouvées. Sinon dans ces cas-là pourquoi je fais prof? En attendant mon poste fixe avec ma classe, mes règles, je fais de la merde, c’est ça? ça voudrait dire ne pas essayer au maximum non plus de rendre mes élèves de 5eme d’aujourd’hui des élèves de 4eme de demain comme j’aimerais les trouver. Certes la collègue a un poste fixe, certes elle ne sera pas cette collègue qui prendra mon poste l’année prochaine. Mais les livres vont se mélanger. Les CDs avec. C’est dommage quoi.

Je lis souvent que les profs sont des personnes seules en classe. Oui, c’est vrai. Qu’on travaille en individuel. C’est malheureusement vrai et on ne devrait pas. Je suis rarement seule en rep+, on a des assistants pédagogiques avec nous et je vois le bien fait que ça apporte. Si on pouvait le faire aussi avec les collègues… Changer le monde, disait je ne sais plus quel personnage célèbre (désolée César), c’est commencer par se changer soi-même et faire des efforts pour autrui.

Ok j’ai tendance à me prendre pour superwoman mais je n’aurais pas choisi ce métier et surtout pas réussi à y rester après deux ans, si je n’avais pas un peu l’envie d’être superwoman.

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Pensons à nos collègues, pensons à la planète, soyons citoyens, soyons fourmis, ça commence chez nous, chez les petits.

Harcèlement à l’école – le débat

En ce moment sur la toile plus que dans les salles des profs (avouons-le, moi, j’en fréquente deux et pas un mot là-dessus pour l’instant…) on parle du harcèlement scolaire et surtout du clip de Melissa Theuriau qui fait débat.

Le clip est adressé aux élèves de primaire et dans ce clip on voit un élève qui se fait harceler par ses camarades dès que l’enseignante tourne le dos. Tout est caricatural (pour que les enfants comprennent? arrêtons de les prendre pour des crétins aussi peut-être, mais ça c’est un autre débat) et surtout l’image donnée ici de l’enseignante qui n’est en plus pas très positive. Elle est caricaturale aussi dans le film Matilda adaptée du roman de Roald Dahl et pourtant elle est pas négative alors pourquoi ici? Bref le débat est long, les différents acteurs ne sont pas d’accord sur ce que chacun devrait voir et c’est ça le truc, peut-être qu’on s’est dit que ce clip était adressé aux enfants et peut-être que oui, quand on le regarde avec des yeux d’enfants on ne fait pas attention à l’enseignante, mais quand on est adulte, j’avoue, on ne peut pas s’empêcher de lire plein de choses à la fois, même inconsciemment et je pense qu’il est un peu hypocrite de ne pas y avoir pensé « soi-disant ». Je pense qu’il est aussi peu sensé de refuser la vision de chacun comme un argument. Si la personne l’a vue comme ça, et si en plus elle n’est pas seule, on ne peut pas dire que non, ce n’est pas ce que montre la vidéo. Ya des cours de communication à revoir là je crois… bref!

Le choix du lieu aurait pu être choisi différemment pour ainsi éviter des amalgames stupides, on aurait pu prendre en compte que tout le monde puisse le voir et donc réfléchir à un public plus large et aux différentes interprétations. Bon, ça n’a pas été fait, tant pis. Mais j’ai une question quand même… pourquoi ne pas l’avoir fait dans la cour de récré??? ça aurait tellement simplifié les choses et rendu ce message bien plus clair pour tout le monde.

Et pourquoi ne pas dire qu’un adulte peut aider? Peut être utile? Vous croyez qu’on ne voit vraiment rien? Sûrement, oui, on ne voit pas tout, mais on en voit des choses. Et on peut faire des choses. On peut être un guide. Déjà on peut donner de l’espace aux élèves pour s’exprimer sans pour autant intervenir de manière à ne pas faire de dégâts. On peut leur montrer comment agir eux, sans agir directement nous.

Hier par exemple, un élève a éternué sur un autre élève en prononçant son prénom qui est d’origine indienne et qui peut facilement être prononcé comme l’onomatopée de l’éternuement en français. Et ce, devant mon nez. J’ai vu que l’élève victime a ignoré le fait mais c’est devant mon nez! Croyez-vous que mon rôle soit de rester insensible? non. Je sais que la situation est délicate et plutôt que de dire à l’élève qu’il devait des excuses à son camarade, ce que je sais inutile, je lui ai plutôt fait remarquer devant tout le monde que quand son prénom était le même que celui d’un manuel scolaire on devrait plutôt s’abstenir. L’élève de harceleur est devenu victime, ça lui a fait drôle. J’ai montré aux élèves comment retourner la situation. Il n’a plus fait mine de chercher à embêter qui que ce soit de l’heure même s’il a pas mal bavardé (il est au premier rang, j’entends tout, superbe capacité que celle d’écouter en parlant quand on est prof). A la fin de l’heure j’ai arrêté la première victime et l’ai félicité pour son attitude, l’ignorance est un bon stratagème. Il a eu l’air content et m’a dit que j’avais une bonne répartie. Je trouve qu’on ne leur dit pas assez quand ils sont capables. Et je pense que certains élèves ont pu voir. Est-ce que moi je deviens harceleuse du coup? ça par contre, je ne sais pas. Quand l’élève en question a eu une question ou alors quand il a voulu participer, j’ai fait comme si rien ne s’était passé, j’ai fait la part des choses entre le moment où il avait besoin d’être remis à sa place et le moment où il redevenait mon élève. ça demande une élasticité et une souplesse, ça demande de rester neutre malgré tout. J’y tiens, vraiment. Et je le ferai pour tout élève, même pour ceux qui m’enquiquine en classe, quand vraiment ils sont dans le besoin, je suis une adulte, je ne leur renvoie pas à la figure qu’ils n’ont pas été cools donc je ne suis pas cool, il y a des temps à découper. t’es pas cool, t’es puni, mais si un quart d’heure après, alors que tu ne dis plus rien, tu as besoin d’aide, je suis là.

Et puis sinon il y a cette vidéo que tout le monde devrait juste regarder. Comment guider les enfants, leur montrer sans intervenir de façon négative. Elle explique même pourquoi on ne peut pas intervenir, nous, les adultes, sans que ça ait une portée négative. Si seulement on pouvait la montrer à tous les profs, parents et élèves, on avancerait je crois:

Ajout du jour: j’ai demandé aux collègues ce qu’ils en pensaient. L’une de mes collègues, dont j’étais certaine d’avoir une réponse réfléchie et hors du commun (j’ai beaucoup d’estime pour elle, si elle savait…!) m’a dit qu’elle avait eu la chance de découvrir le spot avant les débats et qu’avant de se poser la question de l’image de l’enseignante, elle s’est étonnée du vieux tableau à la craie. Quand l’école se veut l’école du numérique, on essaie de le mettre en avant jusqu’au bout! J’ai beaucoup aimé sa réponse 🙂