L’assistante d’éducation

Je suis jeune, je suis dans un bahut où la vie scolaire ne l’est pas à 100%, je suis dans un bahut où la salle des profs est à l’étage, je suis dans un bahut où la vie scolaire est au rez-de-chaussée, où les collègues parlent peu à la vie scolaire qui marche pas trop mal, et moi, la vie scolaire, je lui cause, je blague avec elle, je suis collègue à part entière. D’ailleurs je le suis aussi avec les agents mais là c’est marrant les collègues parlent plus aux agents, je comprends pas pourquoi.

Bref.

C’est terrible parce que je ne prends le temps que d’écrire ce qui ne va pas…

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Je suis pote avec la vie scolaire mais il y a juste cette assistante d’éducation que je ne vois pas trop et avec qui je n’ai pas vraiment blagué pour l’instant. Et là ça fait deux fois que ça ne me plait pas, ce qui se passe entre nous.

Alors déjà, on utilise pronote, mais les assistants d’éducation passent le matin, souvent quinze minutes après le début du cours alors oui, des fois, les élèves sont en pleine activité et ils ne me trouvent pas parce que je suis accroupie au niveau d’une table et comme il y a du bruit, je ne les entends pas, j’entends le silence qui s’installe et les élèves qui tentent de m’interpeler… ça fait bien. Jusqu’à maintenant je m’en fichais, ça me gênait parce qu’à quoi bon avoir intégré pronote à mon rituel de début de cours, à quoi bon cliquer? Et ça me gênait parce que ça arrêtait les élèves dans leur travail et parfois au point qu’ils ne reprennent pas. Mais ils travaillent, donc oui, ils font du bruit… parce que je suis quoi déjà? ah oui, prof de langue VIVANTE! si tu ne parles pas, tu ne pratiques pas.

Et l’autre fois, hop, speed chatting. Je sors ma cloche, une collègue dans le fond de la classe qui observe le cours, émerveillée, et hop, les élèves savent qu’ils doivent remplir la grille en posant des questions à leurs camarades. Ils se décalent d’une table quand je fais retentir la petite cloche qu’ils avaient accueillis dans les cris de joie en début du cours. Ils parlent anglais. Il y a un élève absent donc je prends sa place et interagit avec un élève seul. Et là, l’assistante d’éducation arrive et me demande:

« Mais, c’est normal ce chahut? »

rude!

Non, t’as raison, je me tiens à côté d’un élève et il y a une adulte assise dans ma classe et je ne me suis pas aperçue que personne ne travaillait. Je te dis pas « no absent today » en anglais quand tu passes juste parce que j’aime l’anglais. Alors oui, c’est anodin comme phrase, elle n’a sûrement pas voulu dire ça, mais elle l’a dit, avec tout ce que ça sous-entend. Comment peut-on faire évoluer l’école avec des répliques pareilles? Un bon cours n’est pas un cours où les élèves ont passé l’heure la bouche fermée en ce qui concerne les langues vivantes.

J’avais laissé tomber. Mais aujourd’hui elle repasse pendant  mon cours. « No absent today » que je lui dis. « Ah bien par contre il faudrait que je vous parle ».

On a le même âge et elle me tutoie, okay j’ai raté quelque chose. J’avoue, la faute est dans mon camp, j’aurais dû renvoyer la balle mieux que ça.

« Comment ça? Maintenant? »

« Oui. »

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Ah ouais, sauf que j’ai trente élèves qui me regardent, les yeux ronds. On venait de passer un quart d’heure à travailler en groupe, on faisait le bilan avec chacun apportant sa part de l’information et moi au tableau pour les guider au cas où, faire dire plus fort les « Can you repeat please? » « Slowly please ». Je vais la voir. Elle veut que je vienne la voir, un parent qui a appelé, une heure de colle, la deuxième depuis la rentrée, qu’elle ne peut pas mettre là où je le suggérais. Je termine à midi que je lui dis. Moi aussi. Ah oui, mais du coup il n’y avait plus personne quand je suis allée la voir à la vie scolaire, mes affaires rassemblées à la va-vite sous le bras. Bref, il va falloir que je lui dise qu’on se dise « tu » (oui je sais, on dit qu’on se tutoie mais j’aime pas) et puis je sais pas, qu’elle vienne voir mon cours? En même temps, dans ce collège, on est seulement deux profs à avoir des salles en U. Et encore, je ne fais pas autre chose parce que je partage ma salle et c’est tout ce que j’ai pu négocier.

 

 

PS: En train de lire un bouquin sur les classes coopératives, ça date ce truc et personne n’en parle, ça n’apparait nulle part… (next time on wordpress…)

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Plaisir simple

J’en suis encore à la période où je crée des séquences en entier, et arrivée au moment de la tâche finale et de l’évaluation, je vois ce qu’il manque. ça démoralise un peu. Mais il y a ce moment aussi où tu as au moins trois ou quatre copies où les élèves ont utilisé TOUT! TOUT! ce que tu leur as donné, TOUT! et en sixième, c’est clairement toi qui leur a donné « she wears a red dress because she likes red », et ce petit moment là fait grave grave grave grave grave plaisir.

On voit aussi que certains se sont fait plaisir à décrire des personnages (de doctor who ^^) et ça, ça fait plaisir lors d’une correction d’une trentaine de copies.

 

Autre petit plaisir, un élève plus ou moins autiste (pas de vrai diagnostique) qui à la rentrée faisait des crises à s’en taper le mur quand on arrivait à l’évaluation. Ce matin, pas d’AVS, j’avais prévu plein de trucs au cas où. Il l’a fait. Il l’a fait après un exercice adapté où il fallait colorier à partir d’une description au lieu de décrire à partir d’images en couleur, mais l’intérêt et la réussite de ce premier exercice m’a fait grave du bien. On a bien fait de l’inclure, de s’accrocher. On ne pourra pas le changer, ce n’est pas le but, on ne pourra pas le changer de façon à ce qu’il puisse s’intégrer de manière entière à la société peut-être, mais il a fait des gros progrès, ça c’est chouette, vraiment 🙂

C’est bien aussi d’être prof, je vous jure.

Dans un film orthographique / En action avec un bic

Écolier avec ta petite tête entourée de ch’veux roux

Je n’arrive pas à croire que tu puisses croire qu’on parle de toi

Je n’y crois pas même en colle, même si tu fais ton gros flemmard

Même si tu paies ton prof d’maths, avec des bons chocolats

Garde le sourire, ça ira mieux demain mon gars !!!!

 

On veut vous voir

Dans un film orthographique

En action avec un bic

Surligneur bleu ou bien green

Pour tout savoir

Sur la géométrie

Et sur l’histoire d’ici

Et les langues vivantes aussi

 

Vas-y c’est quoi

Ta discipline favorite ?

Tes performances olympiques

Mais tu n’as rien d’un grand geek

Tu es bien nul

Sans ton internet

Prêt à bien tricher

Mais je t’avoue rien n’y fait

 

Des fois j’écris des parodies de chanson… Génération 6-9 d’NRJ, on est là, on paie vos retraites!

Des fois j’écris des parodies de chanson. Des fois c’est bizarre…

Vous n’aurez peut-être pas reconnu « Je veux te voir » de Yelle.

Par la fenêtre

Notre collège est en travaux et nous nous retrouvons pour la plupart à enseigner dans des préfabriqués posés au milieu de la cour. Ce qui fait que la salle des profs est loin, loin et que souvent je préfère rester dans ma classe pendant la récréation. En plus, certaines classes, dont la mienne, donne vraiment sur le côté où les élèves font leur récréation. C’est marrant parce que ça permet d’observer les élèves qui ne nous voient pas forcément.

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Les élèves ne se rendent pas compte qu’on les entend également. Quel délice d’ouvrir soudain la fenêtre et de leur demander de répéter les insanités qu’ils viennent de sortir (c’est littéralement la question que je pose, j’adore leur tête). Mais quel plaisir aussi de les entendre dire « ah c’est ma salle d’anglais, regarde, sur le mur, là-bas, c’est ce que j’ai fait ». Ils sont fiers de leur travail, c’est chouette. Ou alors certains ont aussi cherché à voir si j’avais déjà accroché leur production mais je préfère qu’ils le fassent eux-mêmes pour laisser le choix à certains de ne pas accrocher leur travail (pas toujours ceux auxquels on s’attend d’ailleurs), ça leur donne un sentiment de sécurité et de confiance, ils ne sont pas obligés d’être exposés.

Juste ça, juste ces élèves à la fenêtre qui regarde les travaux accrochés et ça me rend heureuse 🙂

Ingrats

Je suis pour l’écoute, la compréhension, le dialogue et la communication positive et non-violente avec mes élèves. Je prends les recherches des neurosciences au sérieux, je cherche à changer les méthodes de l’école, je me bats pour qu’on ne dise pas que c’est impossible d’avoir 20 de moyenne, si l’élève a rempli toutes les tâches demandées oui, il a 20 de moyenne car il a atteint le niveau attendu au moment donné, là, maintenant, bien sûr que ce n’est pas celui de 3eme. Bref, je me bats contre les clichés, contre le désespoir environnant dans ce métier qui est le mien et parfois, il arrive que même les élèves décident de ne pas me le rendre bien, de me faire perdre tout espoir et ça c’est pas cool.

Une collègue m’envoie un texto hier après-midi. Elle veut me voir pour ma classe de 6eme, celle dont je suis prof principale. Ok, j’accours à la salle des profs. Un élève lui a lancé un bout de gomme dans le dos alors qu’elle écrivait au tableau. Elle ne sait pas qui. Vous allez me dire, et alors? Oui, j’avoue, maintenant je me dis que zut et crotte j’aurais dû laissé en physique ce qui avait eu lieu en physique mais je les avais après. Alors je suis arrivée fâchée, ils sont entrés en silence et je leur ai demandé ce qui se passait. Pas innocente, non, faut pas déconner. Un élève explique qu’une gomme a été lancée à la prof et que ce n’est pas sympa. J’approuve. Ce n’est pas sympa, c’est quelque peu humiliant, de recevoir des choses dans le dos. Un bout de gomme, ce n’est pas un chocolat ou une fleur, ça change un peu le sens du message.

Positif, je me dis, positif! Je leur fais tous prendre une feuille et je leur dis d’écrire une lettre d’excuse. Le ou la coupable, pour Mme Physique-Chimie. Ceux qui savent qui l’est aussi, parce que ne pas avoir encouragé le ou la coupable à se dénoncer et surtout à présenter des excuses, c’est être un peu complice. Les autres, pour n’importe quel prof qui les aurait trouvés trop bavards, ou moi, qui me retrouve à entendre que ma classe, ce n’est pas toujours super. Comme ça, l’idée, c’est qu’on n’ait pas à se faire lyncher en place public, qu’on puisse dire ce qu’on a à dire.

Alors d’une part j’ai regretté même si, bon, en même temps, faire venir le coupable en fin d’heure, ça n’aurait pas fonctionné, le but pédagogique étant de se rendre compte du geste et de réaliser qu’il y a des gestes pour réparer. Je l’ai dit. Alors j’ai lu beaucoup de lettres de petits 6emes désolés de me faire du chagrin, d’être la classe de 6eme Débile… ça me fait mal au coeur parce qu’écrire un message pour dire combien on fait mal les choses, ce n’est pas très positif. Alors je vais réparer ça lundi et leur demander l’inverse. Histoire d’aller mieux. Que tout le monde aille mieux.

Par contre, ce qui me fait vraiment vraiment vraiment vraiment mal, c’est que malgré une méthode ouverte, l’élève en question ne s’est pas dénoncé. Un seul me dit qu’il savait qui c’était et présente ses excuses de ne pas l’avoir encouragé à aller présenter des excuses. Et c’est tout. Ingrat. Je te laisse une chance d’avoir une seconde chance, de ne pas vraiment te faire punir mais de réparer et voilà ce que tu me donnes. Je suis tellement déçue.

Méthode à venir? Je vais aller demander à celui qui sait… puis je vais choper le ou la coupable, et on va discuter, qu’il me dise pourquoi il n’a pas écrit sa lettre. Et après? Tout dépendra de sa réponse. Mais voilà, j’ai un élève dans cette classe qui se prend des heures de retenue, qui se fait « gronder » tout le temps et je pense que ce pourrait être lui, pour la simple raison que je me dis qu’à force d’en prendre plein la figure, de faire face à des situations qu’il ne trouve toujours qu’injuste même si, et ce n’est pas pour défendre mes collègues en vu de me défendre un jour, mais elles ne sont pas toujours injustes en soi, je pense qu’il a juste d’énormes troubles de l’attention (je suis allée à une formation récemment je pensais pas que c’était un truc pour de vrai), il ne fait plus confiance aux adultes, même via un exercice de cette forme sur lequel je m’engageais au secret, sur lequel il n’y avait pas de punition. Et ça me fait mal pour lui, parce qu’il n’a que onze ans et qu’il en est déjà là. Si c’est lui. Je ne vois pas qui ça pourrait être d’autre et en même temps je croise les doigts pour que ce ne le soit pas.

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Pas de sonnerie

Cette année est super. Une direction au top, ça donne une année au top. On demandais pronote dans l’établissement pendant des années apparemment quand je suis arrivée, aux petites vacances suivantes, hop, nouvelle direction, pronote. On avait des travaux de prévus, on est maintenant dans des préfabriqués. Je me disais en entrant des vacances qu’ils ne seraient pas prêts, qu’ils seraient seulement des salles de classe avec un tableau. Peut-être même un tableau en craie, va savoir. Que nenni mes amis. Et les vidéo-projecteurs avec le son étaient opérationnels dès le premier jour! Au top je vous dis.

Au top, mais ça ne suffit pas toujours. Depuis deux jours, nous n’avons plus de sonnerie. Alors tout le monde pleure. Moi pas. Pas pour me faire remarquer, hein, juste, en fait, j’apprécie, mais alors graaaaave!

Pourquoi? Parce que je ne me fais plus surprendre. Je ne suis pas la reine de la gestion de temps mais avant, quand je pensais que ça allait sonner, ça n’allait pas sonner. Puis si tu n’as pas terminé et que ça sonne, quelque soit le prof (et j’ai demandé à une collègue qui me fiche les jetons même à moi), les élèves se lèvent et c’est terminé. Là, tu deviens maître de ton temps, tu regardes un peu plus la montre mais si tu ne finis pas à la seconde près, c’est pas grave, si tu es en avance, c’est encore mieux. Pas de précipitation, moins de stress. Pourquoi ne resterait-on pas comme ça? La démocratie. Je m’incline. Mais franchement, ce serait à tenter pour de bon, parlez-en autour de vous!

 

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Tous ces débats

Comme je suis prof principale, j’ai pas mal de paperasse à remplir par rapport à certains élèves à besoin spécifique. J’assiste aux réunions avec le médecin scolaire après avoir couru après mes collègues pour avoir des informations sur le comportement et le niveau de l’élève en question (qui n’a plus d’AVS depuis trois jours après la rentrée pour des raisons de paperasse administrative youhou!) et je me retrouve à devoir répondre pour tous mes collègues devant un jury… les boules. Mais passons. Je prends note des recommandations du médecin scolaire et envoie un message aux collègues pour transmettre l’information.

Réponse énervée des collègues qui ne le feront sûrement pas:

« Il sait, le médecin scolaire, qu’on en a 29 dans la classe? »

« Mais sinon que d’heures de travail dépensées en  pédagogie différenciée pour combler les manques de structure de l éducation nationale ! »

ça ouvre le débat.

J’avoue avoir un avis philosophique sur le sujet. Je suis d’accord et je ne suis pas d’accord.

Oui, c’est grave difficile d’avoir pratiquement trente élèves dans une salle de classe toute serrée où il est très difficile d’avoir de mettre en place des ateliers en mode pédagogie différenciée comme en maternelle Alvarez le fait avec Montessori. Mais en même temps, des fois il suffit de créer un tout petit document en plus. En plus là franchement, le médecin scolaire a demandé s’il était possible que l’élève ait une clef USB et hop à la fin du cours, on lui met le fichier, surtout pour les profs qui font la trace écrite avec un fichier word (hors beaucoup de mes collègues le font, moi j’écris au tableau, j’ai honte parfois…j’ai même pas trente ans et je le fais à l’ancienne…) Je viens d’un collège où il fallait se démener pour mettre les gosses au boulot, on a la chance dans ce bahut d’avoir peu d’élèves en difficulté, d’avoir des élèves très scolaires, alors j’ai un peu de mal à me ranger de leur côté. Mais une fois de plus, ça arrangerait tellement les choses si on avait moins d’élèves, déjà cinq de plus par rapport à l’année dernière en rep je trouve ça hypra différent…

 

Que penser de tout ça?

 

Prof principale

Cette année, je n’ai pas dit non au poste de prof principale. Disons que je faisais confiance à la chef d’établissement (que je ne savais pas sur le point de partir) pour qu’elle me donne le niveau le moins difficile à gérer sachant que je débarque et ne connais pas l’établissement…! LOL Pourquoi faire confiance aux gens?

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La première déception passée, je respire un grand coup et essaie de voir les choses positivement. Je serai Gandalf, menant mes petits nains sur le bon chemin (ma soeur m’a même photoshoppée pour l’occasion) ça va être sympa, allez, tu peux le faire… oui, ce ne sont pas les 3emes, ce sont les 6emes. On rajoute juste toutes les complications de la réforme: leur expliquer le système de l’accompagnement personnalisé que je n’étais pas certaine de comprendre moi-même, l’orientation qu’on a d’habitude en 5eme pour l’allemand ou l’espagnol. Les parents angoissés parce que le collège c’est tout nouveau, tous les papiers à leur donner et à récupérer. J’ai dû ramasser tous les carnets pour vérifier que tout y était bien signé et mettre des mots individuels pour demander que telle page soit signée et tel papier rendu… comme en primaire. Je ne m’attendais pas à ça. La 5eme, ça me paraissait plus soft.

Heureusement, ce sont les 6eme. Du coup ils sont à croquer. Il y en a un qui a une toute petite voix et des grands yeux de manga, j’ai envie de lui faire des bisous, c’est un supplice! Ils m’appellent encore maîtresse (j’en ai un qui m’a appelée Missy, j’ai jubilé… intérieurement). Ils posent les fameuses questions un peu « bêtes » mais je trouve ça trop croupi tout plein. Ils sont contents de venir en cours et a priori j’ai pas la 6eme la plus chiante, je m’en sors bien.

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Par contre, fin septembre, il faudra avoir rempli plein de papiers pour les élèves bénéficiants d’un PPRE, programme spécial d’attention on va dire. Faut que je réunisse les informations de toute l’équipe pédagogique dont je ne connais pas les visages (pas facile à choper dans la salle des profs, « bonjour, tu es qui toi du coup? ») , qui ne répond pas aux mails (48h déjà…) Plus les élèves absents quand je donne les papiers pendant mon cours. Je suis plus avancée dans ma progression avec l’autre classe de 6eme, argh c’est nul!

Bref, Gandalf galère et comprend pourquoi personne ne veut être prof principal. En Angleterre, ils ont un moment prévu dans l’emploi du temps pour ça, et c’est chouette! Pourquoi on n’a pas ça nous??? ça m’aiderait grandement perso, madame la ministre, si vous m’entendez? Quitte à refaire une réforme bientôt? 😛

 

Enseigner ne semble pas la priorité

C’est la rentrée! Et avec ça, tout plein d’articles sur une meilleure école, sur ce qui ne va pas à l’école, et les copines au téléphone qui me racontent leur rentrée, leur sentiment, et toujours la même question, la même idée en tête: il faut montrer qu’on tient notre classe, il faut être ferme, on se relâchera un peu mais pas trop, plus tard, quand on sera vraiment certain de les tenir.

Mais pourquoi????

Je commence dans un nouvel établissement cette année et surprise, je suis nommée prof principale en 6eme. Gros lol. Je n’ai pas refusé. Je ne veux pas me mettre la direction à dos. Je ne veux pas montrer que je suis faible. Je n’ai toujours pas pensé à mon enseignement, j’en suis seulement à stresser pour ma rentrée, quelques heures dans une classe avec trente élèves de 6eme, les miens, à qui il faut donner de la paperasse à faire signer par papa et maman, à qui il faut faire remplir le carnet de liaison, expliquer le nouveau système, l’emploi du temps, attention aux semaines A et B et attention, parce qu’en semaine B en plus, vous êtes en demi-groupe. Leurs yeux effrayés. Les rassurer. En rabrouer deux ou trois. Leur montrer qu’on est chef. L’assurance est un peu prise au bout d’une heure et hop les parents arrivent et on se retrouve devant un public de plus de cinquante personnes. Le noeud à l’estomac revient. La remarque d’une collègue à midi me fait flipper « il est bien le nouveau prof de musique, je l’ai trouvé très professionnel dans son discours, mais il se balançait un peu, ça fait pas sûr de soi, devant les parents. » Et moi, j’étais comment? Me souviens pas. J’essayais d’avoir un discours pédagogique avant tout, oublié la partie visuelle. Ai vu le parent froncer les sourcils quand je suis arrivée, ai parlé des groupes d’accompagnements personnalisés, ne savais pas que cette classe là n’avait pas encore eu les emplois du temps, ne savais pas si je les voyais en classe entière avant cette heure d’accompagnement personnalisé. Je ne savais pas. Oui, les autres ont eu l’air super pro quand devant les parents, sans regarder leur feuille, ils savaient dire à quelle heure ils avaient cours avec leurs enfants. Shit. Un parent pose la question aux deux profs de langue présent (donc le collègue d’allemand et moi-même) sur nos objectifs de fin d’année. Le collègue d’allemand fait tout un discours sur ses projets, je l’écoute, il parle du fait que faire ses devoirs, c’est vraiment nul (et fait passer tout les autres collègues pour des crétins, uniformité de l’équipe enseignante zéro, problème numéro un soulevé) puis termine et… se casse. Et me laisse seule devant cinquante paires d’yeux. « Pour répondre à votre question en anglais… » Heureusement que j’ai été franche au début « je débarque, je suis nouvelle, je ne pourrai certainement pas répondre à toutes vos questions mais je sais où chercher » Double shit.

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La copine qui fait sa deuxième rentrée dans le même établissement, récupère des anciens élèves et des élèves qu’elle n’a jamais eu mais qui ont forcément entendu parler d’elle, elle ne connaît pas sa réputation, elle a peur. Elle a peur parce que pour cette rentrée, elle veut être plus ferme dès le début. Elle a peur que ceux qui la connaissent à la fin de l’année se souviennent d’elle comme une prof plutôt sympa mais ne comprennent pas sa soudaine fermeté. Elle a peur de perdre toute crédibilité à leurs yeux.

Seule l’expérience (aussi courte est-elle) me permet de lui dire que les élèves oublient, que les élèves ne voient pas les choses comme ça, qu’ils attendent de la fermeté de notre part (j’ai été « trop gentille » selon mes 3eme de l’an dernier, je sais ce qu’ils veulent, c’est l’avantage de la rep+, ils te disent les choses, ils t’aident sans le vouloir, ou pas?) mais ça ne la rassure qu’à moitié. On a entamé la procédure de rentrée depuis deux jours et demie, soit plus de 48h et personne ne s’est encore soucié de l’enseignement pur. Par contre, on pense déjà à la manière de faire la police dans nos salles de classe.

Pourquoi?

Parce que notre système ne le permet pas. Surcharge de classe bon dieu. En langues, j’y suis plus sensible. Je vois des articles sur ces classes où les profs laissent les élèves s’asseoir comme et où ils le souhaitent. Je sais au fond de moi qu’elle a raison. Mais je n’ai pas l’espace. Je l’aurais avec moins d’élèves. Je vois bien qu’ils sont encore capable d’aimer apprendre mais qu’ils sont déjà malheureux d’être dans une classe. Ils gigotent. Ils lèvent le doigt avant de parler, sauf deux trois, soudain pris d’un élan. Mais je me dois de leur rappeler que non, il faut lever le doigt. Parce qu’ils sont trente et qu’on ne va plus s’entendre. Je leur dis que si je gère le croit de parole, c’est pour que tout le monde puisse s’entendre, que pour l’instant ils ne peuvent pas s’auto gérer mais en même temps ils se tournent le dos! On est en rang d’oignons. Sh… ush.

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Je veux ça dans ma classe !!!!

Je sais qu’ils aiment apprendre parce que je leur ai fait remplir une fiche avec des « ce que j’aime ou n’aime pas à l’école », « ce que je fais de mon temps libre » et j’ai eu le droit à des choses comme « je veux devenir youtubeur alors je fais des vidéos avec ma cousine » « j’adore regarder des émissions scientifiques et je veux devenir ingénieur » « j’aime apprendre de nouvelles choses » « j’aime regarder des vidéos sur internet pour découvrir de nouvelles choses » et je sais d’avance que les années d’études scientifiques ne plairont peut-être pas à mon futur ingénieur, que devoir faire de l’anglais à une heure précise dans la semaine cassera peut-être cette habitude d’aller chercher des connaissances au hasard sur le net. Je pleure et je croise les doigts parce que je les adore déjà énormément, tous, je crois que comme la collègue sur internet, je suis tombée amoureuse d’eux. Et fou ça avant même d’avoir commencé à réfléchir à la manière dont j’allais leur enseigner l’anglais à proprement parler.

Prof, ce n’est pas enseigner, c’est tout ça avant…!

 

 

 

I regret nothing

Si tu es sur ce blog, c’est certainement que l’enseignement t’intéresse. Si ça t’intéresse et que tu n’y es pas encore, cet article est pour toi. Si t’es dedans jusqu’au cou mais que ça ne va pas, cet article est aussi pour toi.

A la rentrée, je débarquais dans une nouvelle ville, sans attache, sans repères et à la veille de la rentrée je ne savais pas quoi faire de ma peau car j’étais TZR, remplaçante donc et c’est souvent ce qui arrive aux nouveaux, surtout quand ils viennent d’académies différentes où ils n’ont pas pu rester faute de points, des académies où ça se passe bien donc, de manière générale, puisqu’elles valent leur pesant en or (mais attention, pas de généralités, je connais des bahuts où je ne voudrais pas mettre les pieds dans ma chère académie de Nantes qui sont bien pires que des bahuts en île de France où il est si facile de se retrouver car elles ne valent rien) C’est le système qui veut ça. Il a ses raisons. Il a ses inconvénients. Il a ses avantages. Je ne suis pas là pour le démonter. Par contre, c’est une réalité. Le monde de l’enseignement n’est pas un fleuve tranquille avant même que l’on se retrouve devant notre outil de travail, les élèves.

Le jour de la rentrée, j’apprends que je vais faire un complément de service. Dur. Dur pour un nouveau. Il va falloir mettre les bouchées doubles. Il va falloir s’adapter à deux publics et deux établissements différents, faire de la route, tout en apprenant à vivre dans une ville étrangère. Tous ces repères à prendre. J’ai déjà la peur au ventre. ça n’arrive pas à tout le monde mais je ne pouvais pas postuler pour un établissement précis en débarquant là, j’avais fait un choix. Peut-être avoir des remplacements courts au cas où ce serait trop dur, c’était mon idée, je n’avais pas pensé aux conséquences. Mais je ne les regrette pas.

Jamais. Dans ce métier, il ne faut pas regretter, parce que lorsque vous arrivez au bout, vous n’avez plus aucune raison de regretter. Il faut juste tenir un peu. Facile à dire. ça devient facile à faire, je vous le promets.

J’aime mon job putain, pourtant j’en ai pleuré hein, faut pas croire, mais je ne l’échangerai pour rien au monde, rien.

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Hier, je me suis présentée à mes deux établissements à vingt kilomètres de distance l’un de l’autre et j’ai quitté des supers collègues. Alors oui, les collègues ne sont pas tous supers dans les établissements scolaires mais franchement, il y a toujours un ou deux collègues avec qui c’est vraiment quand même génial.

Et j’ai eu envie de pleurer. Parce que comme je suis TZR, je ne reste pas. J’ai obtenu un poste fixe ailleurs et même si j’avais été encore TZR à la rentrée, je n’aurais certainement pas mis les pieds là-bas.

J’ai eu un complément de service. Oui c’est inconfortable, mais il faut bien le faire. J’ai voulu enseigner, pas pour que les élèves viennent à moi, j’y vais c’est tout. J’ai pas de vie de famille? Oui, comme beaucoup en début de carrière. Donc oui, paradoxe, on a un truc dur alors qu’on commence, mais avec des mômes, c’est encore moins simple, non? J’ai des valeurs pourries? Je sais pas. Je trouve ça citoyen. C’est pour ça que j’ai fait ce métier. Parce que je crois aux valeurs de partage, j’essaie de mettre ma pierre à l’édifice qu’est la société en sacrifiant un peu de mon plaisir personnel. J’entends beaucoup de gens critiquer la société en général sans savoir ce qu’il y a derrière ce mot. Je pense que le souci c’est qu’on laisse trop souvent aujourd’hui passer notre comfort personnel devant un bien général et qu’après on s’en plaint, de l’égoïsme des autres, de la solitude du monde dans lequel on vit. Il existe pourtant tellement de générosité dans chacun d’entre nous. Je l’ai vu. Le soutien des collègues, l’entraide des élèves une fois qu’on leur a montré. C’est en nous.

Bref, je m’égare et en même temps non, j’en arrive aux élèves. Oui, ils m’en ont fait baver. Oui, ça a été dur. Oui, j’ai voulu arrêter. Oui, je me suis dit qu’ils n’en valaient pas la peine. Je me suis aussi dit qu’ils ne valaient pas la peine que je m’effondre pour eux et que je laisse s’effondrer mes espoirs et mes envies, mes rêves de gosse, mes rêves d’un impact minime pour une société meilleure. Aujourd’hui quand je pense à eux, je ne regrette pas de ne pas avoir abandonné. Parce qu’ils me l’ont rendu, à leur façon, chacun. Que ce soit en restant à la fin du cours, en me laissant un petit mot, en me faisant un cadeau, en hurlant en plein milieu du cours que mon cours est super et aussi en hurlant tout court pendant mon cours. Parce qu’un élève qui vient pourrir votre cours plutôt que de le sécher, or ça m’est arrivé, vraiment, c’est un élève qui a votre attention. Vous lui avez offert un peu d’humanité. Un peu d’espoir en sa propre existence. Et ce n’est pas rien même si aux yeux de tout le reste du monde c’est que vous avez raté votre mission. Et ça, je tenais à le dire, à l’écrire ici.

Alors oui, entrer dans ce métier, ça demande beaucoup de recul, d’adaptation, de remise en question, ça fait mal aux émotions, mais à la fin, on ne regrette rien, sauf de partir pour de nouvelles aventures ailleurs, qui seront aussi bien.

Si vous voulez faire ce métier, pensez bien à tout cela et surtout, allez-y!

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