Pas de sonnerie

Cette année est super. Une direction au top, ça donne une année au top. On demandais pronote dans l’établissement pendant des années apparemment quand je suis arrivée, aux petites vacances suivantes, hop, nouvelle direction, pronote. On avait des travaux de prévus, on est maintenant dans des préfabriqués. Je me disais en entrant des vacances qu’ils ne seraient pas prêts, qu’ils seraient seulement des salles de classe avec un tableau. Peut-être même un tableau en craie, va savoir. Que nenni mes amis. Et les vidéo-projecteurs avec le son étaient opérationnels dès le premier jour! Au top je vous dis.

Au top, mais ça ne suffit pas toujours. Depuis deux jours, nous n’avons plus de sonnerie. Alors tout le monde pleure. Moi pas. Pas pour me faire remarquer, hein, juste, en fait, j’apprécie, mais alors graaaaave!

Pourquoi? Parce que je ne me fais plus surprendre. Je ne suis pas la reine de la gestion de temps mais avant, quand je pensais que ça allait sonner, ça n’allait pas sonner. Puis si tu n’as pas terminé et que ça sonne, quelque soit le prof (et j’ai demandé à une collègue qui me fiche les jetons même à moi), les élèves se lèvent et c’est terminé. Là, tu deviens maître de ton temps, tu regardes un peu plus la montre mais si tu ne finis pas à la seconde près, c’est pas grave, si tu es en avance, c’est encore mieux. Pas de précipitation, moins de stress. Pourquoi ne resterait-on pas comme ça? La démocratie. Je m’incline. Mais franchement, ce serait à tenter pour de bon, parlez-en autour de vous!

 

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A lire, vraiment.

Bon. Ça suffit les conneries. Jusqu’ici, j’ai essayé de traiter la réforme du collège avec impartialité. J’ai tenté de mettre en avant ses points positifs, malgré mes instincts qui avaient tiré les sonnettes d’alarme version “Houston, on a un problème”. J’ai passé du temps à rassurer les collègues sur les possibilités qui seront offertes. Le […]

via Le fast-food de la pensée — Monsieur Samovar

Lectures

Je continue mes lectures (mon porte-monnaie lui se souvient bien que j’avais fait une grosse commande histoire de faire un retour sur moi, de trouver de nouveaux outils que l’ESPE ne m’a jamais donnés…) Je viens de terminer ce livre de Serge Boimare, Ces enfants empêchés de penser.

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Je pense qu’il nous le faudrait tous, ce livre me semble être un essentiel dans le flot (où l’on se perd il faut l’avouer, pour démêler le bon du fake, de bouquins sur la pédagogie). Il y a quelques points qui mettent en avant comment les EPI (mais du coup ils n’existaient pas encore au moment de sa rédaction), s’ils sont bien faits, peuvent nous aider. Parce que oui, tout n’est pas mauvais dans la réforme. Mais en même temps, il y a un morceau que je vais copier là qui parlent de la réforme qui devrait être lu à tout ministre…

« Pourquoi l’annonce d’un changement dans les programmes déclenche-t-elle aussi vite l’opposition des enseignants? »

ça a vraiment retenu mon attention.

« Il y a deux raisons majeures à cela. La première, cette annonce arrive alors que la précédente réforme est en train de se mettre en place. Avant même de savoir si elle était utile il faut passer à la suivante. »

Comment vous dire que moi qui commence cette année au collège, je construis des séquences en entre deux, j’ai la chance encore que le programme d’anglais soit assez ouvert et similaire, mais je vais devoir changer le tout à la rentrée, plus ou moins, et je ne suis pas la seule dans ce cas et dans d’autres discipleines le changement est drastique. Quand on sait le temps qu’on y passe… J’ai presque envie de dire pourquoi faire? ça te démotive que t’as même pas encore commencé…

« La seconde raison est plus pernicieuse. L’annonce d’une réforme est pratiquement toujours accompagnée et préparée par l’idée qu’avec ce changement, il va devenir enfin possible d’apprendre à lire, écrire et compter aux enfants. On a l’impression de s’entendre dire que le véritable travail va enfin commencer. Cette déclaration est extrêmement blessante pour les enseignants. »

Certes cette année il y a moins de rupture, mais tout de même…!

« Comme de plus ils n’ont pas été consultés dans la préparation des programmes, ils repèrent les incohérences pratiques et les montent en épingle. »

Et du coup après ce sont les ministres qui sont blessés.

Une histoire sans fin.

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Bref. Ce livre m’a énervée parce que je ne comprends pas pourquoi on ne m’a pas en deux années d’ESPE préconisé cette lecture. (Vous avez cru que j’allais dire du mal du bouquin hein? poisson d’avril en avance!) Chaque pas que je fais en avant en tant que pédagogue me fait détester un peu plus ces deux années qui ne m’ont aidées qu’à avoir mon concours (et à détester par là toute réforme car c’est la première qui m’ait touchée en plein coeur, j’ai loupé l’IUFM de peu pour me retrouver dans un entre-deux test complètement raté. Même s’il faut bien tester, ce que je fais chaque jour encore, c’est dur à vivre). Par exemple le livre explique combien une séance hebdomadaire de « coréflexion entre enseignants » serait bonne. Quand j’entendais parler de l’IUFM, ça avait lieu et je me disais oh combien ce doit être bon de continuer ça les années suivantes même si je n’ai jamais vraiment vécu ça à part deux ou trois séances par-ci par-là parce qu’en plus j’ai étudié en province tiens! J’ai de la chance de beaucoup parler avec mes collègues des soucis, de ne pas me sentir dévalorisée lorsque j’exprime les difficultés que je rencontre dans mon établissement en zone prioritaire, parce que j’ai la chance d’avoir une équipe qui ne fait pas, de manière générale même si on a deux ou trois collègues un peu à part, une généralité que l’on subit tous et qu’une collègue de mon autre bahut m’a exprimée: tu ne sais pas gérer ta classe = tu n’es pas un bon prof, c’est de ta faute à toi seul. Allez prends ça en pleine pomme.

Le bouquin le rappelle bien. Il exprime les craintes vécues des professeurs et c’est chouette, en le lisant j’avais l’impression d’une main sur mon épaule.

ça aide à avaler le reste de la pilule proposée par le livre? ça caresse dans le sens du poil? Je m’en fous, j’aime bien qu’on me caresse dans le sens du poil. La culture et le langage sont des outils magiques qu’il nous faudrait utiliser. J’en utilise de temps à autre. Là avec les 4eme je les ai nourris d’histoire. Même si on est passé par l’anglais (bah oui… et une fois j’ai fait une traduction et un mélange de mime en même temps en fin d’heure histoire de finir sur une ouverture pour eux) on y est passé et c’est vrai que personne ne m’a rendu copie blanche. C’est vrai qu’ils ne se sont pas dispersés, ils ont écrit.

Et puis je ne peux m’empêcher d’essayer de puiser dans mon expérience personnelle. Mes parents ne sont pas d’une origine sociale très élevée mais les histoires ont toujours traversées nos vies, ma mère m’en lisait beaucoup. Je pense que si j’ai pu avancer scolairement contrairement à eux, c’est parce que oui, mon monde intérieur était riche de représentations sur lesquelles je pouvais m’appuyer. Donc je crois ce monsieur et vous le dis, il faut lire ce livre. Si vous n’aviez le temps que pour un seul pour réfléchir un peu sur votre pédagogie, c’est celui-là, pas de doute.

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Ecole buissonnière

Au cours de théâtre auquel je me suis inscrit cette année, j’ai rencontré une instit qui fait aussi en parallèle beaucoup de formations et conférences. Hier elle en proposait une sur l’apprentissage (on servait un peu de cobayes quoi). J’ai donc suivi une après-midi de formation avec des gens de l’éducation nationale de tous niveaux, prof en prépa, principale adjointe… dans un salon autour d’une tasse de thé…!

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La formation commençait bien pour moi. « On y arrive qu’en se plantant » Cool, en tant que prof je suis sur le bon chemin vu que j’ai l’impression de me planter sur biens des terrains! LOL! Non mais c’est vrai en plus… vrai de vrai!

ça me fait du bien les formations et autres conférences ou lectures sur la pédagogie, parce que je n’en tire pas que du négatif, je vois aussi les petits trucs que je fais bien. Et on en a besoin. On a besoin dans notre métier de s’auto-congratuler, on a besoin de ça, de confiance en soi (et je vous rappelle que ma dernière formation était sur la motivation, or une motivation au top c’est celle qui vient de nous hein, pas du salaire et de la reconnaissance des pairs quand elle n’est pas personnelle).

Moi par exemple je suis la reine de la place de l’erreur positive. Je me trompe toujours régulièrement au tableau et alors l’autre fois je ne savais plus écrire un mot en français. Qu’est-ce que j’adore faire la neuh-neuh devant mes mômes. Qu’est-ce que j’avais à mettre un mot en français au tableau vous me direz, puisqu’on fait du tout anglais (mouhaha). Ouais bah quand dans la partie lexique de mon tableau j’ai des mots que je ne peux pas illustrer et que personne dans la classe n’a su deviner par lui-même, bah faut bien l’écrire en français, ça sert à rien d’apprendre des mots dont on ne comprend pas le sens! Eh bien, je ne savais plus! « Heureusement, vous êtes là! » que je leur ai dit. Pareil pour les maths. Quand faut compter. Eh oui, ça nous arrive aussi en cours d’anglais. Nous l’interdisciplinarité on y est déjà, du coup les nuances apportées en langues vivantes dans les programmes j’ai du mal à m’y faire, le changement n’est pas suffisamment radical. Bon du coup les élèves ont pris le pli donc ça leur fait du bien, je le sens, de savoir que dans l’autre sens, si jamais un jour il m’arrivait de les blamer, ils pourraient me dire « vous, vous êtes bien nulle en maths ». Quand un élève me dit qu’il ne comprend pas, je ne lui dit pas tu ne fais pas d’effort, je lui dis d’abord qu’il y a forcément des trucs qu’il peut comprendre, tiens regarde ce mot transparent là! Et puis que personne ne lui demande d’être parfait et bilingue, juste de comprendre quelques trucs dans leur globalité. On a juste encore un problème avec la lecture des grilles du cadre européen, c’est comme les consignes, ils ne les lisent pas, même quand on les lit ensemble…

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J’ai aussi appris que maintenant, si un parent me saoule, eh bien il suffit de rappeler aux parents que non, ce n’est pas ma décision pédagogique en soi qui ne leur convient pas (bon attention pas pour tout hein) mais ce sont « les neurosciences qui le disent »…! Pensez-y (intelligemment).

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Et bien sûr je viens de dépenser soixante euros en livres conseillés par des gens qui pratiquent et ont vu la différence…! J’aime quand je peux me remettre à réfléchir 🙂 Je me sens moins prisonnière de mon job. ça, c’est important.

La recherche

Hier j’ai assisté à une conférence obligatoire sur la motivation et la prévention à la violence. Je suis contente d’y être allée. J’y serais peut-être allée même si ce n’était pas obligatoire de toute façon. L’intervenant était clair, ouvert aux questions et nous a bien expliqués qu’il comprenait que cela ne nous paraisse pas entièrement réalisable, lui-même a été voir le ministre à l’époque avec son dossier de recherche sous le bras et le ministre l’a accueilli en lui expliquant qu’il n’avait pas les moyens de mettre toutes ces choses en place… Toujours le même souci… (oups accent circonflexe, je l’enlève?)

 

Oui je le savais déjà, lorsque l’on a un élève qui n’y arrive pas et qui ne se sent pas aidé par l’enseignant et l’entourage, ça peut souvent tourner à la violence comme une expression de frustration. On en avait parlé en formation. ça me paraissait simple, logique, (et pendant ce temps là je pensais un peu plus à mon concours qu’à cette logique) sauf que j’ai le sentiment que le formateur il y a deux ans parlait d’un cas isolé dans la classe, j’ai le sentiment d’en avoir une quinzaine sur mes 25 élèves… Disons que j’ai le sentiment que mes élèves arrivent avec toutes leurs frustrations extérieures dans la classe et que d’y arriver ou pas en anglais, ça leur passe au-dessus pour la plupart. La motivation doit venir de l’élève pour être vraie… Je peux donner les noms de mes élèves qui ont une motivation personnelle. Je peux les compter sur les doigts de la main. Après il y a ceux qui ont la baffe à la maison si la prof d’anglais appelle parce qu’elle est pas contente. Motivation extérieure donc fausse motivation donc motivation inefficace en fait a dit le monsieur. Je suis bien d’accord. La plupart de mes élèves ne choisissent pas de venir et rien que ça, c’est dix fois plus de bâtons dans mes roues….! Quand ils ne sont pas soudain motivés pour me pourrir mon cours. J’ai à nouveau eu droit à ma fête cette semaine. Ils ont décidé de tous tousser en même temps. Puis de tous dire « oh! » quand je disais « silence please »… Ok on bosse sur l’environnement et ça n’a pas bien l’air de les brancher, j’ai réussi à les focaliser avec deux trois projets originaux trouvés sur internet mais la seule vraie réaction qui vient du coeur que j’ai eu c’est « pourquoi on fait pas tous ça, pourquoi le président il décide pas de faire ça en France? On vit dans un pays de merde, cherche pas »… Va défendre la république après ça toi… Vive les classes de 3eme. Bon j’ai eu un moment de lucidité extrême de la part de mes élèves je vais pas cracher dessus!

Mais revenons à nos moutons. La motivation. Comment les motiver quand ils sont 25 ou plus d’individus à avoir des goûts différents, des envies différentes, des besoins différents, des sautes d’humeur différentes? La pédagogie différenciée (je propose, je propose, que ce soit en rajoutant des aides sur les supports ou en proposant de choisir son sujet afin d’en trouver un plus simple, plus les grilles du CECRL…!) ne suffit pas. Elle ne permet qu’un premier stade de motivation sécurisant pour l’élève où il fait ce dont il est capable, selon ce qu’a dit l’intervenant, et donc ce n’est pas assez pour parler de motivation réelle.

Du coup j’en profite pour glisser cette vidéo. TED. Ma conférence préférée 😀

cliquer ici (WordPress n’héberge plus youtube désolée…)

Une expérience dont j’avais déjà entendue parler. Faite en maternelle. Les élèves arrivent et choisissent leur activité. Ils font ça en Finlande aussi (même si on sait que ce n’est pas un modèle idéal pour d’autres raisons — la Finlande ne prépare pas ses élèves au dur monde de la réalité du coup taux de suicide des ado assez impressionnant… ça ne veut pas dire que leur idées ne sont pas à prendre, on peut trouver un juste milieu) J’aimerais que mes élèves arrivent et s’installent sur une activité de leur choix moi aussi. Mais ils sont 25 au minimum et il faudrait une salle à moi, un peu plus grande, du matos qui peut rester sur place, une prof qui reste sur place aussi (parce que ça fait partie des gros problèmes de l’éducation nationale à mon avis, qu’on nous place plutôt que l’on ait une liste de gens qui ont le concours et qui aillent postuler comme dans le secteur privé, se vendre, se donner à fond, mais avoir un poste qu’on a voulu, je ne vois pas pourquoi les profs seraient motivés sans eux aussi choisir l’activité qu’ils veulent faire…si je savais que j’aurais ma salle, du matériel et tout et tout je serais moins réticente à venir bosser dans un endroit inconnu et mal réputé) ils auraient plus de trucs à manipuler, ce serait plus agréable. Mais il ne faudrait pas que ce soit juste 45 minutes, trois fois dans la semaine, ça n’aurait pas de sens non plus. Faire des gros créneaux pour avoir le temps de monter des vrais projets, ça ça serait cool…

Bref, j’ai une vision pessimiste de mon métier, pourtant je m’accroche. Je vais finir en collège expérimental moi je vous le dis!

 

 

Le rôle et devoir d’exemplarité de la télé

Un autre ennemi du vivre ensemble et de l’école à mon goût. Quand les joueurs de foot oublient que des millions de mômes veulent faire comme eux comme eux-mêmes l’ont fait avec les joueurs de leur génération, je tremble déjà des conséquences sur le comportement de mes élèves au quotidien. Quand les politiciens se tapent sur la figure, je sue parce que je sais que mes gamins verront ça quand pourtant ils se fichent bien de la politique (malheureusement) mais alors quand une émission populaire se permet le harcèlement et l’humiliation, là c’est carrément la crise d’angoisse et Bruno Donnet l’a très bien expliqué chez France Inter… S’il vous plaît monsieur Hanouna, faites rentrer les choses dans l’ordre, vous avez accepté un rôle public, il comporte des devoirs comme celui de prof, de flic, de politicien, de footballeur et d’élève…!

La vidéo ici 

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A lire

ou à étudier. Par les profs, par les élèves. Ou comment expliquer aux plus jeunes et aux plus vieux pourquoi certains élèves sont ce qu’ils sont… des relous. ça n’excuse pas tout. ça fait réfléchir cependant. l’attitude de la prof me paraît exagérée mais c’est une lecture pour les enfants avec leur point de vue, c’est ce qui fait qu’il est intéressant.

Bref. à lire!

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Les groupes de compétences et les projets

Hello! It’s me… (mon dieu que cette chanson met de l’ambiance dans les classes d’anglais en ce moment, merci et non merci Adèle…!) I’m back!!!!

Bon j’avoue depuis la rentrée, j’ai écrit dix mille posts dans ma tête mais comme je veux faire plein de trucs en ce moment et que c’est la guerre dans ma vie personnelle, j’ai abandonné ces temps de réflexion sur mon métier qui pourtant me permettent de ne pas avoir trop la tête dans le guidon malgré mes très jeunes années de carrières qui ne sont plusieurs qu’à partir du nombre deux….

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Alors pour commencer, une petite liste des projets sur lequel je suis en train de travailler parce que ceci est THE year! Si ça peut donner des idées…!

Avec mon collègue d’histoire, on va travailler avec les 3eme sur un projet sur la résistance. Parce que ça colle à son programme. Et parce qu’au début il m’avait proposé un truc et je lui ai dit « mais la vraie raison de ce projet, c’est pour que notre dernière heure de 3eme le vendredi se passe au lieu de n’être que 45 minutes de bruit, n’est-ce pas? Alors faisons un truc fun. C’est quoi le truc fun de la seconde guerre mondiale mec? Allez mec, réfléchis. Bah la résistance tiens!!! James Bond et Mission Impossible in real life mec!!!! » En fait c’est surtout que moi j’adooooore la resistance. Je surkiffe Lucie Aubrac et j’ai même le DVD des femmes de l’ombre tellement je suis une no life qui kiffe cette époque. J’ai même lu Marc Levy une fois juste parce que ça parlait de résistance. Bref. On a piqué l’idée d’une autre collègue d’histoire, Mme M. (qui est très en avance sur son temps, je trouve, en tout point et même que lors de mon entretien pour la notation, j’ai dit que plus tard, je voudrais être une Mme M. et peut-être qu’elle a juste le bon sens de copier les meilleurs mais elle le fait bien) : un carnet de bord, un cahier, pour que les élèves en groupe puissent travailler en autonomie. Je peux inclure ainsi l’étude du film The Imitation Game avec mon beau Benedict (juste la bande annonce parce que l’homosexualité n’est pas un sujet que je me sens le courage de défendre un vendredi à 17h avec ces 3eme là) on va donc partir des codes secrets, les vrais utilisés à l’époque et après leur faire lire des articles modifiés par la propagande tout en leur faisant comprendre que la propagande avait ses raisons que le monde moderne manichéen a tendance à oublier, tout en s’aidant de notre magnifique poster de propagande positif anglais KEEP CALM AND CARRY ON que très peu de mômes ne voient autrement que comme un truc cool… Bref, j’ai hâte qu’on finisse ce carnet tout beau pour le partager avec vous.

Le principal pense qu’on pourrait le transformer en EPI…? Ah les EPI, encore un truc qui nous mange du temps…

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Les 5emes vont aller voir Bend it like Beckham alors du coup il faut intégrer ça à notre séquence et comme j’ai décidé de partir sur le journalisme, je vois avec les collègues qui elles veulent travailler sur « agony aunt » les billets des lecteurs qui se plaignent. ça me va mais il faut trier dans les idées de chacune…!

Enfin cette année on fête les 400 ans de la mort à la fois de Shakespeare et de Cervantès alors il faut préparer un truc en parallèle avec les collègues de langue. C’est fun, mais ça prend du temps. Un manuel de 4eme propose de faire imaginer à nos élèves les sports d’aujourd’hui à la sauce Tudor, c’est pas mal. On finira sûrement par une exposition au CDI pour faire découvrir aux autres classes. Je trouve que ça donne un bagage littéraire même infime pour le lycée, c’est cool. Bonne année en ce qui concerne l’anglais (moi en ce qui concerne les anglais… mon pauvre Alan…)

Ah et puis il y a les devoirs communs. Comme je veux donner un coup de main pour tout, je multiplie le tout par deux… deux bahuts… l’année prochaine ce sera différent j’espère, mais quelle experience bon sang! (croise les doigts tout en trouvant un soupçon d’optimisme dans cette affirmation)

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Enfin le truc dont je voulais surtout parler aujourd’hui ce sont les groupes de compétences. Pendant des années je me pensais forte opposante car oui, je croyais dur comme fer que les élèves qui sont scolaires et s’en sortent peuvent aider à tirer les autres vers le haut. Sauf que j’ai remarqué deux trucs…

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Ce qui tire les élèves vers le haut, c’est l’esprit de compétition. Lorsque j’étais en CM2, j’étais dans une classe où on avait aussi des CM1 et la compétition permanente entre les deux groupes n’était pas malsaine, elle nous mettait dans une certaine ambiance de travail qui m’a beaucoup aidée à progresser cette année-là. L’esprit de compétition, depuis que je suis enseignante, donc deux-trois ans, je ne le vois nulle part. Je n’ai pas commencé dans une rep+. J’ai aussi fait du lycée de campagne et un collège où beaucoup de gamins étaient considérés comme issus de classes sociales supérieures. Pas de compétition. Comment je le sais? Les évaluations sur table. Une calamité. Les heures les plus bruyantes de ma vie. Et pourtant mon premier cours en rep+ je m’en souviendrai encore dans cinquante ans… Il n’y a plus de compétition. Donc pas d’envie d’aller plus loin. Ils se donnent les réponses, se parlent, mais ce n’est pas une entraide qui me semble les aider tant que ça, ils ne cherchent pas à comprendre, ils ne sont pas sûrs de vouloir comprendre, pas sûrs même qu’il y aura un point à la clef. La seule competition qui fonctionne c’est quand à la fin de mon créneau de deux heures le vendredi matin je sors un jeu de lexique genre mots-mêlés et un carambar… et là silence total WTF!!!!! Pareil en terminale l’an dernier. Pour les prépa du bac, j’avais mis la classe en groupes. Avec des challenges en lien avec l’épreuve. Ils ne s’y sont intéressés qu’une fois les bonbons sortis. Et encore. Les STMG m’ont dit que de toute façon ils se les partageraient entre eux. La motivation. Toujours ce problème. La note n’en est plus une j’ai l’impression, j’ai le sentiment qu’on est encore trop de prof à croire que c’est une motivation même si elle nous permet de faire encore un peu pression sur les élèves… L’image et l’estime de l’école dans notre société ayant perdu en gallons, on recule, on recule… on est entré dans le cercle infernal et nos réformes ne font pas le poids. Alors quand en plus l’élève a le sentiment que de toute façon il n’y arrivera pas…

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Pourquoi ai-je repensé aux groupes de compétences? Parce que mardi après-midi, la moitié de mes 4eme étaient en sortie. Avec la prof d’allemand. Les germanistes sont les bons en langue. C’est un fait, malheureux. Je me suis retrouvée avec tous les « relous ». Première vision. J’avais prévu le coup, parce que je sais bien pourquoi ils sont relous… Une activité simple. Un challenge. Ils ont tous participé, tous joué le jeu, ils ont même fini par mener le jeu eux-mêmes: un élève mettait les points au tableau, je me suis mise dans le fond et j’étais heureuse, heureuse! Parce que cette fois ils le pouvaient. Pourquoi sont-ils relous? Parce que le cours va trop vite. Parce que même si j’essaie la pédagogie différenciée, c’est parfois ratée de ma part, parfois impossible, parce que c’est plus facile pour eux de laisser les « bons » le faire, parce que c’est plus marrant de faire autre chose, et beaucoup plus facile de trouver ça marrant que le cours d’anglais. Et pourtant je fais le clown, tente des trucs. Parce que c’est dur de rattraper le train avec certains élèves quand ils arrivent en 4eme sans jamais avoir fait d’anglais avant, des élèves qui disent « attends, écoute » parce qu’ils ne parlent pas encore bien le français, et même si cette année je tente le 75% anglais, ce n’est pas suffisant, ça reste une langue qu’ils ne connaissent pas du tout, qu’ils n’écoutent jamais en dehors… Sans compter le narcissisme ambiant de certains qui décident de ne plus travailler parce que je ne les ai pas interrogés… Et je me suis dit du coup que ce serait bien agréable d’avoir des groupes de compétences finalement. Et comme dit le docteur, penser n’est qu’un autre mot pour changer d’avis…! (saison 9 power!!!!)

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Les kinesthésiques

Dans le cadre de mon mémoire de master pro, j’ai travaillé sur le fait qu’il est important que les élèves bougent en classe. Parce que bouger réveille, stimule et qu’on est tous un peu kinesthésiques dans le fond (mémoire par le mouvement).

Je n’applique rien de tout ce dont j’ai fait l’éloge dans mon mémoire.

Tous les jours je me déteste pour ça. Ce n’est pas ce que je veux. Mais qu’est-ce que je veux?

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Bon ce n’est pas que je ne le fais pas du tout. Je les fais se déplacer un peu. Je tente des petites activités. Mais ça reste tellement la taille d’un orteil par rapport au corps entier de possibilités que j’ai à ma portée.

 

Pourquoi?

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Parce qu’ils sont 24 ou plus et que j’ai un problème d’espace de base. J’ai autant de chaises que d’élèves. Ils se sentent par nature coincés dans l’environnement qu’est la salle de classe qui n’est jamais la mienne (d’où le fait que je ne puisse pas demander trois tables de plus pour chacune des salles que je fréquente…). Combien de fois m’ont-ils demandé d’avoir leur propre table, d’être tout seul (pauvre vivre ensemble…) Enfin ça c’est en rep. Ils sont 29 dans ma cinquième de mignons, pas une chaise de libre, des fois je vais en chercher une chez le voisin… Si je les fais bouger, je sens l’explosion. Je tente des petits trucs qui trop souvent tombent à l’eau parce qu’ils ne jouent pas le jeu. ça part en sucette quoi. Ma faute? J’y mets du coeur, je vous jure. Je tente des règles simples et clairs, on en est qu’au stade où ils se lèvent et se rassoient… Je pense que s’ils étaient moins nombreux, ça irait comme sur des roulettes.

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Ce soir on a eu une réunion avec un IA-IPR (inspecteur) qui a parlé de ce problème d’espace dont souffre les élèves. Je suis tout à fait d’accord. Mais je ne pense pas que seulement nous le dire aidera. Hier j’ai appris qu’on allait donner de l’argent aux parents délégués. ça motive l’argent, que j’ai lu. Moi je suis désolée, même si on me rajoutait mille euros de salaire, ça ne changerait rien pour moi à ma condition de travail. Or c’est ma condition de travail qui me concerne le plus pour le moment.

Bref.

J’en ai terminé pour ce soir.

ça serait pas plus efficace si…?

En France, on galère à l’école. Les élèves tout comme les profs. Alors oui, on sort de l’école avec une tête peut-être un peu plus pleine de choses par rapport à d’autres pays parce qu’on étudie les choses de manière saucissonnée (genre trois matières différentes pour les sciences, les petits anglais choisissent cinq disciplines donc ils ne voient pas autant de trucs) mais ça ne concerne pas tout le monde (moi j’ai pas suivi tous les cours à 100% et j’en vois rarement des élèves qui le font vraiment depuis que j’ai commencé ma carrière), et puis on oublie de souffler aux élèves que tout est étudié du point de vu français hein, pas d’un point de vue neutre (autre problème). Normal vous me direz. Bah quand même.

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On est nul en langue parce que la télé française est la dernière à mettre les programmes en langue originale, donc moins d’exposition à la langue. On a même des quotas à la radio pour qu’on écoute 50% de musique anglophone. Je suis pas contre la musique anglophone, j’aime beaucoup d’ailleurs, mais exposition à la langue, messieurs, exposition à la langue, c’est la clef!!!

D’ailleurs, dans l’autre sens, les mômes à la base allophones dans mon bahut, ils parlent plus ou moins bien français selon la langue de la télé à la maison. On dirait pas comme ça mais cette petite boîte continue d’être notre dieu… Les parents nous le disent « on les oblige à regarder la télé en français » et ça c’est bien, c’est bon pour eux. Bon bah du coup l’anglais passe après, forcément… mais déjà c’est bien.

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Et on a beaucoup d’élèves en classe. Pratiquement 30 pour ma classe de 5ème, comment je fais pour les faire parler et écouter tous? Ya les mp3 mais niveau logistique, je perds du temps. Avec des caractères que je trouve super narcissiques par rapport à y’a dix ans quand moi j’étais au collège (et j’étais pas forcément dans une zone huppé ni prioritaire mais les égocentriques étaient plutôt des exceptions notables, j’ai encore des noms à vous donner pour preuve) Du coup faut à la fois se battre contre leur égocentrisme (ce sont les adultes de demain quoi, ça fait peur, on peut pas laisser passer ça) et s’adapter. ça nous couterait quoi d’avoir moins d’élèves dans les classes?  Parce qu’on sait tous que c’est une question d’argent. Quand on a moins d’élèves, on est plus efficace. Donc on aurait besoin de moins d’heures, il suffirait de donner plus de fichiers numériques aux élèves à disposition pour l’exposition en langue par exemple. Les élèves seraient moins fatigués. Je parle des moins d’heures de cours pour nos élèves. Nous aussi on serait moins fatigués en sortant de cours, on aurait moins d’énergie à mettre pour les tenir. Parce que l’excitation d’un élève dû à la fatigue, on en parle pas. Et on pourrait nous faire faire autant d’heures, donc le prix ne changerait pas, c’est mathématiques. Il suffit de changer les proportions. Bon il faudrait aussi se demander si les programmes ne sont pas trop chargés, inutilement. Si on en avait moins à faire dès le début, on aurait plus d’acquis que de choses à revoir. On arriverait au même au final, non? Et pourquoi avoir divisé ces matières comme les sciences? Au total, ces heures, elles sont hypra nombreuses. Je sais qu’aujourd’hui elles sont nécessaire pour mes collègues mais la seule raison donnée, c’est qu’ils ont besoin de finir leur programme…

Alors qu’est-ce qu’on attend?

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