Toto et sa little sorella

Voici un petit texte qu’une formatrice de l’ESPE nous avait passé il y a quelques années maintenant (je commence à avancer dans les années, ça fait peur). C’est un texte qui peut aider tout collègue cherchant à travailler en AP sur les stratégies de compréhension. Comment comprendre cette histoire écrite en au moins cinq langues?

 

« Toto et sa little sorella

Die Mutter van Toto lui demande to go shopping y le donne una lista de cosas zu kaufen. Seine Mamma le dice auch :

– Bring la tua little sorella mit.

Toto geht zum magazin, kauft todas las cosas, aber quando er kommt zurück, seine little sorella tombe dans un Loch und disappear.

Cuando Toto arrive at home, seine Mutti le dice :

– Wo ist ta little sorella ?

Toto answers :

– Elle est dans le Loch gefallen.

– Aber porqué du hast ella nicht help um zu sortir ? Dice la mother.

– Porque no estaba escrito sur la liste ! Answer Toto. »

(désolée pour le changement de police, je ne sais pas comment mettre en page cet article honte à moi)

La mise en page avec les dialogues, les majuscules, les racines communes, le transparent, la culture personnelle qu’il faut cesser de sous-estimer. Si l’élève n’arrive pas seul à comprendre, il aura au moins compris un peu et avec un autre, il aura tout compris. J’aime beaucoup ce texte, je l’ai enfin retrouvé dans toutes mes notes de cours de ce master oublié et j’en suis bien contente. Je ne sais pas encore comment je vais le travailler, mais ce qui est sûr c’est que je vais l’utiliser 🙂 Help yourself! (Ah et si vous avez la source exacte, que n’avait pas ma formatrice, n’hésitez pas à la donner en commentaire)

 

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I regret nothing

Si tu es sur ce blog, c’est certainement que l’enseignement t’intéresse. Si ça t’intéresse et que tu n’y es pas encore, cet article est pour toi. Si t’es dedans jusqu’au cou mais que ça ne va pas, cet article est aussi pour toi.

A la rentrée, je débarquais dans une nouvelle ville, sans attache, sans repères et à la veille de la rentrée je ne savais pas quoi faire de ma peau car j’étais TZR, remplaçante donc et c’est souvent ce qui arrive aux nouveaux, surtout quand ils viennent d’académies différentes où ils n’ont pas pu rester faute de points, des académies où ça se passe bien donc, de manière générale, puisqu’elles valent leur pesant en or (mais attention, pas de généralités, je connais des bahuts où je ne voudrais pas mettre les pieds dans ma chère académie de Nantes qui sont bien pires que des bahuts en île de France où il est si facile de se retrouver car elles ne valent rien) C’est le système qui veut ça. Il a ses raisons. Il a ses inconvénients. Il a ses avantages. Je ne suis pas là pour le démonter. Par contre, c’est une réalité. Le monde de l’enseignement n’est pas un fleuve tranquille avant même que l’on se retrouve devant notre outil de travail, les élèves.

Le jour de la rentrée, j’apprends que je vais faire un complément de service. Dur. Dur pour un nouveau. Il va falloir mettre les bouchées doubles. Il va falloir s’adapter à deux publics et deux établissements différents, faire de la route, tout en apprenant à vivre dans une ville étrangère. Tous ces repères à prendre. J’ai déjà la peur au ventre. ça n’arrive pas à tout le monde mais je ne pouvais pas postuler pour un établissement précis en débarquant là, j’avais fait un choix. Peut-être avoir des remplacements courts au cas où ce serait trop dur, c’était mon idée, je n’avais pas pensé aux conséquences. Mais je ne les regrette pas.

Jamais. Dans ce métier, il ne faut pas regretter, parce que lorsque vous arrivez au bout, vous n’avez plus aucune raison de regretter. Il faut juste tenir un peu. Facile à dire. ça devient facile à faire, je vous le promets.

J’aime mon job putain, pourtant j’en ai pleuré hein, faut pas croire, mais je ne l’échangerai pour rien au monde, rien.

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Hier, je me suis présentée à mes deux établissements à vingt kilomètres de distance l’un de l’autre et j’ai quitté des supers collègues. Alors oui, les collègues ne sont pas tous supers dans les établissements scolaires mais franchement, il y a toujours un ou deux collègues avec qui c’est vraiment quand même génial.

Et j’ai eu envie de pleurer. Parce que comme je suis TZR, je ne reste pas. J’ai obtenu un poste fixe ailleurs et même si j’avais été encore TZR à la rentrée, je n’aurais certainement pas mis les pieds là-bas.

J’ai eu un complément de service. Oui c’est inconfortable, mais il faut bien le faire. J’ai voulu enseigner, pas pour que les élèves viennent à moi, j’y vais c’est tout. J’ai pas de vie de famille? Oui, comme beaucoup en début de carrière. Donc oui, paradoxe, on a un truc dur alors qu’on commence, mais avec des mômes, c’est encore moins simple, non? J’ai des valeurs pourries? Je sais pas. Je trouve ça citoyen. C’est pour ça que j’ai fait ce métier. Parce que je crois aux valeurs de partage, j’essaie de mettre ma pierre à l’édifice qu’est la société en sacrifiant un peu de mon plaisir personnel. J’entends beaucoup de gens critiquer la société en général sans savoir ce qu’il y a derrière ce mot. Je pense que le souci c’est qu’on laisse trop souvent aujourd’hui passer notre comfort personnel devant un bien général et qu’après on s’en plaint, de l’égoïsme des autres, de la solitude du monde dans lequel on vit. Il existe pourtant tellement de générosité dans chacun d’entre nous. Je l’ai vu. Le soutien des collègues, l’entraide des élèves une fois qu’on leur a montré. C’est en nous.

Bref, je m’égare et en même temps non, j’en arrive aux élèves. Oui, ils m’en ont fait baver. Oui, ça a été dur. Oui, j’ai voulu arrêter. Oui, je me suis dit qu’ils n’en valaient pas la peine. Je me suis aussi dit qu’ils ne valaient pas la peine que je m’effondre pour eux et que je laisse s’effondrer mes espoirs et mes envies, mes rêves de gosse, mes rêves d’un impact minime pour une société meilleure. Aujourd’hui quand je pense à eux, je ne regrette pas de ne pas avoir abandonné. Parce qu’ils me l’ont rendu, à leur façon, chacun. Que ce soit en restant à la fin du cours, en me laissant un petit mot, en me faisant un cadeau, en hurlant en plein milieu du cours que mon cours est super et aussi en hurlant tout court pendant mon cours. Parce qu’un élève qui vient pourrir votre cours plutôt que de le sécher, or ça m’est arrivé, vraiment, c’est un élève qui a votre attention. Vous lui avez offert un peu d’humanité. Un peu d’espoir en sa propre existence. Et ce n’est pas rien même si aux yeux de tout le reste du monde c’est que vous avez raté votre mission. Et ça, je tenais à le dire, à l’écrire ici.

Alors oui, entrer dans ce métier, ça demande beaucoup de recul, d’adaptation, de remise en question, ça fait mal aux émotions, mais à la fin, on ne regrette rien, sauf de partir pour de nouvelles aventures ailleurs, qui seront aussi bien.

Si vous voulez faire ce métier, pensez bien à tout cela et surtout, allez-y!

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L’autre côté

Anecdote du jour, bonjour.

Aujourd’hui on rendait les manuels à la première heure avec les cinquièmes, du coup, j’avais au moins la moitié de la classe tout de même. Moitié de classe qui s’est barré en courant de ma salle alors que je ne suis pas certaine de tous les devoirs. Je hais cette année, et aujourd’hui j’ai appris qu’on aurait le brevet encore plus tôt l’année prochaine. Quand les troisième mènent la danse..

Mais là n’est point le point que je voulais souligner.

Un manuel perdu, c’est quinze euros. Je trouve que c’est une somme énormissime. Pas vous? Eh bien pas un de mes élèves qui a passé son année à glander. Et aujourd’hui j’ai eu un éclairage sur son attitude en classe totale. J’aime bien ne pas connaître les élèves à l’avance pour leur donner un semblant d’égalité des chances, surtout quand ils sont pourris gâtés, le truc qui me rendrait horrible avec eux si je le savais, mais en fait… je pense que dorénavant je tirerai un trait sur cette règle.

L’élève en question me dit que quinze euros ce n’est rien.

WHAT??????

Bah oui madame. Mais tu gagnes combien d’argent de poche par mois pour me dire ça jeune homme? que je lui demande, m’attendant à ce qu’il me parle plutôt du salaire de ses parents. 2000 euros madame.

Re-WHAAAAAATTTT ??????????????????

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L’élève m’explique alors qu’il appartient à un club de moto et que du coup il toucherait bien 2000 euros par mois. Je me souviens combien l’argent de poche, ça avait été une étape dans ma vie de gamine, devenir responsable pour l’année, ne pas avoir maman qui cède à un caprice de dépense, me rétorquant que si je voulais un truc, je n’avais qu’à taper dans ma caisse et penser à vérifier que j’étais bien certaine car quand yen a plus, yen a plus. La valeur de l’argent. Putain…. Et après on essaie encore et encore d’éviter le fameux cliché « les parents font de la merde » mais…

Bref, j’étais sur les fesses et heureusement pour moi qu’il a eu l’air étonné quand je lui ai dit que je ne gagnais pas ce salaire en bossant à temps plein toute l’année et en ayant pourtant un salaire au-dessus du salaire moyen, ça m’a fait garder espoir. « Penses-y, jeune homme, penses-y » que je lui ai dit, du haut de ma petite vingtaine en me disant « ah ouais, c’est ça l’écart générationnel dont se plaignait mère grand… »

Brexit

Pour une fois je vais être brève. Ou presque.

Le Brexit ne m’a confortée que dans une seule idée, celle de l’importance de l’éducation. Son rôle sur les futures générations. Combien ont voté sans connaissance de cause? La liberté et la démocratie ne sont pas choses faciles. Elles ont besoin d’être animées par des êtres éclairés.

J’aimerais être assez forte en jeux de mots pour transformer le mot brexit en un hashtag raboute le fric dans l’éducation nationale, donne nous des moyens et des classes moins surchargées surtout afin que je puisse faire quelque chose pour de vrai de mes trois pauvres heures de cours par semaine dans un pays où l’immersion totale n’existe pas, et pas seulement en langue, croyez-moi.

J’avais dit que je serai brève, je m’arrête là…

Je vais être une prof pour de vrai!

La nouvelle est tombée il y a peu de temps et depuis mon sourire ne cesse de s’élargir car elle est suivie de bonnes nouvelles, toujours plus bonnes les unes que les autres.

Je vais avoir un poste fixe à la rentrée. Je serai connue à la rentrée 2018 car les élèves m’auront vue pendant une année scolaire entière. Première nouvelle. Autant vous dire que mon coeur a fait un bond de dix kilomètres dans ma poitrine, puis j’ai fait la danse de la joie dans ma tête en attendant d’être chez moi pour pouvoir la faire en vrai à l’abri des regards indiscrets…!

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S’ensuit:

Le poste n’est pas loin de là où je me suis installée l’été dernier, pas de déménagement cet été, pas de nouvelle vie à réapprendre tout court, juste le boulot. Soulagement.

Je fais du théâtre cette année avec un futur collègue d’histoire. Du coup il a filé mon numéro aux collègues d’anglais. Qui m’ont contactée. Savoir si tôt, putain mais c’est bon!

Mais c’est pas fini!

Les collègues sont juste awesome! Cette année j’ai débarqué sur un complément de service dans un bahut où la collègue ne m’a refilé que les 3emes et 4emes, se gardant les mignons, me laissant seule face à des armoires que tu ne peux pas effrayer en gueulant un bon coup. Là, on me dit au téléphone que c’est pas sympa pour les collègues, ni pour les élèves d’ailleurs, car on ne sait pas sur qui on tombe. Désolé. Mais quel professionnalisme putain!!!!! J’étais seule dans ma salle de classe et je dansais en silence. Bon la collègue que j’avais au téléphone connaît ma collègue de cette année alors je n’ai pas pleuré la repartition que j’ai subi cette année. J’ai une classe segpa mais elle l’a eue l’année précédente, elle sait qu’ils sont sympas donc elle me les laisse. Sinon ce sera 6e et 5e (Alleluya!!!) Je dois être en train de rêver, s’il vous plaît ne me réveillez sous aucun prétexte.

Je sais déjà quelles classes et quels manuels donc super. J’ai déjà pu aller voir les lieux. Il y aura des travaux donc pas de salle pour soi mais franchement, ça je peux le quémander plus tard. J’ai réunion EPI et AP la semaine prochaine, j’ai pu me libérer, moi qui commençais un ulcère en sachant que je travaille très mal à la dernière minute, je suis meilleure quand j’ai laissé une idée prendre le temps de devenir une belle fleur dans ma tête…!!!!

Vous trouvez la liste longue? C’est pas terminé! Ah ah ah

J’ai deux collègues jeunes, je vais pouvoir aller boire des verres!!!! Pas professionnel? Rien à battre. Tout le monde est trop sympa, ils m’ont tous dit « nice to meet you », je trouve ça trop cool (oui il m’en faut peu mais cette année m’a fait revoir mes attentes à la baisse)

 

Bref. Je suis heureuse et c’est trop cool!

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Behind the scene

Si avant hier je faisais un job que je m’attendais à faire, c’est-à-dire surveiller les épreuves du brevet, soit deux heures d’affilé à se retenir de bailler… hier j’ai fait tout autre chose. Un truc dont je n’avais encore jamais entendu parler…!

J’ai participé à l’organisation même du brevet, des corrections pour être plus précise.

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Bien évidemment, je vais en parler grosso modo car je sais bien que même si je n’ai aucune information confidentielle sous la main, je ne dois pas trop m’étendre sur le sujet. Mais je pense que cela peut montrer au monde que non, notre job ne s’arrêtait pas mercredi. Loin de là. Et après je vous ferai un compte-rendu de toutes mes réunions de préparation à venir…!

Mon collège est centre de correction, ça veut dire qu’on est plusieurs profs réquisitionnés pour réceptionner les copies. Jusque-là ça ne paraît pas bien compliqué. Sauf qu’il y a tout un système pour l’anonymat. Et ce système est WTF. Si le numéro de candidat n’est pas à afficher sur les deux parties de l’en-tête, c’est qu’il y a une raison. L’élève ne doit pas pouvoir retrouver sa copie comme ça vite-fait avec ce numéro (même si le numéro me parait suffisamment long pour être difficile à retenir…). On lui attribut ensuite un autre numéro composé de deux numéros. Le numéro du lot. Puis le numéro au sein du lot. On retire l’en-tête avec son numéro de candidat, on la garde et hop le reste s’en va en centre de correction. Là les profs réquisitionnés, c’est-à-dire mes collègues et moi, on compte. On compte un paquet de copies qui a déjà été compté et recompté. Et comme les feuilles à force d’être manipulées se collent, bah on en perd notre théorème et on recompte à nouveau… On compte, on recompte. On attend, on réceptionne et une fois qu’on a tout, le travail commence. Autant vous dire que lorsqu’un bahut n’a commencé qu’à 14h à faire ses découpes alors que tout pouvait être fait avant midi vu que l’histoire-géo terminait à onze heure, nous, ça nous fait terminer un peu beaucoup plus tard mais ça… you selfish cows…! on a eu un bahut qui a rangé les copies par lots, dans une enveloppe séparée pour chaque lot. Il a fallu tout rouvrir, des fois pour trois copies. Quel gâchis… bref. ça c’était la partie je lève les yeux au ciel et mange ma langue sept fois.

Une fois toutes les copies réceptionnées, soit plus de mille, on doit les ranger par lot, puis les classer au sein de ce lot, soit 100 copies par lot… Les chiffres sont tout petits et mes nouvelles lunettes pas encore bien adaptées, j’avais les yeux déchirés hier soir mais j’étais pas la seule. Après ça il faut faire des paquets de tant de copies par correcteur, correcteurs qui viendront plus tard. Au début, on a essayé de les compter à la main, puis on s’est aperçu d’un décalage, il fallait tout rouvrir. Tout redécaler. Mais on ne peut pas avoir une copie de plus dans un paquet parce que, moi-même si j’étais correctrice, je n’apprécierais pas, j’avoue…

Travail assez laborieux donc pour un peu d’anonymat.

Tout ça pour entendre les chefs dire qu’on brûlerait les copies de l’an passé lors du barbecue de fin d’année. La loi ne nous demande de les garder qu’une année seulement. Mon beau 19 en histoire-géo du bac a dû rendre l’âme depuis longtemps, consumé par mon ignorance…

Bref, on nous réquisitionne une journée entière pour ça, et ce n’est que le début. Le brevet, en résumé, c’est carrément pas de la blague et j’ai galéré au secrétariat..!

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Bye byes

Je suis comme beaucoup de gens, je déteste les adieux. J’ai un coeur. Et merde!

J’ai le souvenir de colonies de vacances en tant qu’enfant où je rentrais chez mes parents en larmes et le coeur gros… pauvres parents! J’ai le souvenir de mes premières années d’animatrice en centre aéré avec un cafard dix fois plus gros que moi une fois que c’était terminé. J’ai le souvenir de ma première année d’enseignement, l’an dernier, on avait fini les cours sur des challenges en classe et avec les 2ndes, on était allés faire une course d’orientation le dernier jour avant les moments de surveillance de bac. J’avais fondu en larmes dans un rayon au supermarché le soir lorsque j’étais allée faire mes courses. J’avais revu les terminales un peu après, le jour des résultats, mais pas tous. Je ne me souviens pas d’il y a deux ans quand j’avais passé une année à enseigner à deux classes de 4emes alors que je préparais mon concours et terminais mon master. Je me souviens par contre avoir beaucoup pleuré, seule dans ma chambre, après la fin des cours de 3eme, en me disant que je ne reverrai jamais ma super prof d’anglais.

Cette année, j’ai le coeur gros depuis genre deux semaines et c’est horrible.

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Parce qu’il n’y a pas de fin mais que ça fait deux semaines qu’au compte-goutte, on se dit au revoir, ou peut-être à la prochaine, mais même pas sûr. Il n’y a pas de fin à proprement parler et c’est émotionellement déstabilisant. Je sens que certains élèves aussi sont perdus de ce point de vue. On est censé être un cadre pour eux, non? Quel cadre cette année? Pourquoi avoir avancé le brevet??? Et puis je pars, je ne reste pas, après tout ce que j’ai donné dans ce bahut.

Entre les 3emes qui ne sont plus que huit en cours parce que ma matière n’est pas au brevet (je les croise parfois au détour d’un couloir mais ils ne reviendront pas dans ma classe apparemment), le ramadan qui fait qu’ils ne viennent pas avant 14h pour la plupart, avec le brevet qui arrive pour de bon mais en même temps après le brevet on aura des ateliers à proposer, mais à qui? Une élève qui m’offre une sucrerie américaine, une autre qui vient me dire qu’elle ne reviendra pas, une autre trop petite pour savoir quand est-ce qu’elle part vraiment en vacances, ceux à qui je viens de dire au revoir pour la troisième fois. ça ne va pas du tout. C’est pénible. Je vous jure, j’ai déjà le cafard. Ils m’en ont beaucoup demandé cette année, ils sont sur l’affectif à fond, alors tout ce que je leur ai donné en émotion, ça sort là et c’est dur dur dur…! Je réaliserai plus tard peut-être. C’est un deuil à chaque fois. ça fait partie du jeu. Mais cette année, c’est une souffrance. J’aurais aimé pouvoir faire un vrai adieu aux élèves, pas ça…

 

Le collège quand les conseils de classe sont passés

Tout un monde. Au moins au lycée, on peut encore prétexter les préparer pour le bac…

Petit rappel, je suis en zone prioritaire la moitié du temps, le ramadan a commencé la semaine dernière, les élèves de troisième ne se lèvent donc pas le matin pour venir travailler (et ne croyez pas qu’ils restent chez eux pour préparer le brevet), on commence donc la journée avec huit élèves au lieu de 25…

Ce qui est en fait le seul avantage de la journée!

Ils ont travaillé ceux-là en plus, ce sont les bosseurs. Les 3eme ce matin ils n’avaient que moi, alors j’avoue, ça m’a bien fait plaisir! Puis mon sourire s’est peu à peu effacé.

Je bosse sur le freestyle, le rap, les battles et surtout l’oral histoire que ça accroche et que ça bosse, donc j’essaie de leur passer des trucs n’étant pas râpeuse de profession même si j’adore le fromage…

Mais les ordinateurs étaient en grève ce matin…!!!!!!!!

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On a réussi à bosser mais bof bof quoi.

et puis je me suis réjouie trop rapidement. Mes collègues disent comme moi qu’ils sont contents, ont pu bosser le matin avec les 3eme. A 14h je m’en vais pour travailler deux heures de suite avec la troisième la moins sympa du bahut. Ils nous font la fête depuis la rentrée, qui qu’on soit… je me dis, allez, pas d’ordi mais des élèves motivés, on va bosser les sons, j’ai des sucettes dans mon sac, même s’ils font le ramadan, ils seront contents de les avoir ce soir. Je vais faire ça sous forme de challenge. Il n’y aura pas les plus chiants… Mais que nenni ma bonne dame…! Qu’est-ce que tu croyais? Tu ne les as pas suffisamment observés, tes élèves paumés de la vie qui n’ont rien en dehors de ces moments de classe où le public les admire pour leur bravoure alors que dehors c’est la guerre et l’inexistence pour eux??? Ils sont venus! Les relous de première sont venus!!!!!

Et comme je suis pote avec les surveillants et un peu fière, j’ai combattu dur comme fer, jusqu’au bout, pour les garder dans ma salle. Du coup, le cours ne ressemblait à rien, ils n’étaient que douze au lieu de vingt-cinq mais ça se levait souvent, ça papotait, il n’y avait que cinq élèves à vraiment jouer le jeu pour des sucettes. Un peu d’écran, ça me les aurait recentrés. Ordinateur, tu es lâche de m’abandonner à un moment pareil… Surtout quand j’ai deux heures, couper avec un petit film qui relance le dynamisme du cours… Ah lala… j’aurais survécu si je n’avais pas vu un élève qui s’était barré en plein cours revenir pour me prendre une chaise et s’enfuir avec dans un rire digne d’un film de série Z.

Pourquoi?

Pourquoi?

 

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Bon heureusement, avec ces mêmes 3eme, on a créé une exposition shakespeare au CDI et j’ai pu y emmener mes 4emes afin de les occuper. Le changement de cadre, une activité un peu différente, le travail d’élèves qu’ils connaissent, ça les a plus ou moins intéressés. Ils me l’ont rempli le questionnaire, ils ont cherché à comprendre les questions, les informations.

Allez, on croise les doigts, demain, ça sera moins pire et l’ordinateur fonctionnera.

Les collègues (the bright side)

Bon après m’être bien épanchée sur mes malheurs, j’ai aussi fait la liste des trucs cools qui m’arrivent cette année. Et dans la liste, il y a aussi les collègues 😀 Les cools 😀

Alors d’abord il y a ma collègue documentaliste qui a fait une licence d’anglais et avec qui je cause souvent, qui est partante dans tout ce que je lui propose, qui est super cool, et qui m’a refilé pas mal de documents genre des posters pour ma future salle de cours, l’optimiste! 😀 Optimisme qui m’atteint cependant quand je la vois 😀

Puis il y a les collègues de langue qui sont revenues d’un voyage en Angleterre et qui m’ont ramenée des pins doctor who!!!!! Non mais franchement, c’est trop cool non? Alors oui je parle facilement de ma passion pour doctor who, disons que j’ai un porte-clef Dalek sur mon pass et qu’une fois qu’on m’a lancée sur le sujet… Mais l’intention les gars, l’intention!!!!

Et puis il y a quelques semaines, les collègues qui travaillent sur interclass avec une de mes 4eme m’ont proposé de travailler sur le thème choisi à travers des chansons en anglais, je me suis greffée au truc avec joie et ils m’ont fait confiance. Puis ils m’ont proposé d’accompagner la sortie pour l’enregistrement radio, et comme j’ai surtout fait la police pour leur permettre de parler au micro sans avoir à le faire, elles m’ont offert des célébrations! Ok, on m’achète facilement avec de la bouffe mais cool quand même non?

Un autre encore m’a donné un contact pour pouvoir toucher des frais de transports en tant que TZR. Il pouvait se garder l’info pour lui.

Souvent on me demande si ça se passe bien dans mon autre établissement.

Ya les deux trois collègues avec qui je vais boire des verres aussi de temps à autre 😀

Soutien. Acknowledgement I would say. Chaud au coeur. Moi qui suis un peu seule dans le coin, ça fait du bien.

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Limite

Hier soir je me suis posée la question de la limite… où s’arrête le moment où je ne suis plus au travail, où si j’ai un problème, ce n’est plus le problème de mes chefs.

Il n’y a pas de parking pour les profs dans l’un des collèges où j’enseigne et le soir il m’arrive de croiser des élèves deux rues plus loin quand je vais récupérer ma voiture. Unique soir où je la récupère car j’habite dans la même ville et viens habituellement en bus, sauf le mardi car le matin, je vais à 20 km de là et le moment où j’arrive, il y a trop de voitures pour que je puisse me garer plus près que là où je suis garée, deux rues plus loin..

Mon nom de famille fait rire beaucoup d’élèves car c’est le nom d’un personnage de dessin animé, j’ai donc souvent le droit à la petite chanson du générique, chantée au loin. Au collège je m’en fiche, car je suis souvent trop loin, ce ne sont pas mes élèves. Mais hier soir j’étais sur le trottoir d’en face et quatre élèves sûrement en 5ème, des élèves que je n’ai pas en classe, se sont mis à chanter en me regardant droit dans les yeux. J’ai souri. Parce que je n’ai pas beaucoup d’armes, parce que je suis soudain seule dans la rue, parce que je sais aussi que montrer à un élève que ça nous touche ne fera qu’envenimer les choses la plupart du temps. Mais putain, moi aussi j’ai donné des surnoms à mes profs, moi aussi j’ai raconté des trucs sur eux sans les connaître vraiment, je sais que ça fait partie de la construction de l’enfant, de projeter des choses sur les adultes, mais jamais je n’ai eu l’effronterie de le faire devant eux. Limite, ça casse tout le processus psychologique de construction à mon avis…. Jamais je n’ai eu si peu de respect pour un adulte au point que j’ai chanté une chanson moqueuse à son égard! Alors certes, ils n’ont pas modifié les paroles de façon à dire que je suce des trucs pour passer le temps mais tout de même. Où est la limite? Pour eux? Pour moi? Pour notre société? Pourquoi on en arrive là?

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Et ça m’a rendu triste. ça m’a fait perdre espoir. Pourtant j’en avais. J’avais passé une bonne après-midi où les élèves avaient bien bossé. C’est parfois dur de se battre toute la journée et les weekends précédents pour arriver à faire des choses chouettes en cours et hop, un petit truc comme ça qui nous rappelle que ça ne sert à rien peut-être de se démener, de prendre sur du temps de repos parce qu’on a déjà veillé tard le soir après les cours pour tout préparer, parce que la société ne nous considère pas tellement…